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granvillage en reportage – Marie-Lise & Sabine, des noix aux champs de lavande

Dans la catégorie Une journée avec...
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Le 10 décembre 2021
granvillage en reportage chez Noix & Compagnie - Terres des Matras En savoir plus
les terres matras

Marie-Lise et Sabine Matras ont repris le flambeau d’une exploitation familiale de plus de 300 ans. Nous les avons suivies au détour de leurs noyeraies, champs et lavanderaies et les avons laissées nous conter leur histoire, celle de leurs terres et leur savoir-faire.


Marie-Lise & Sabine, leurs noix, céréales et champs de lavande

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sabine et marie-lise matras


Lorsque la question de la transmission s’est posée, Sabine & Marie-Lise n’ont pas pu se résoudre à laisser l’exploitation familiale entre les mains d’un inconnu. Elles ont toutes les deux fait de la place dans leur vie pour épauler le père avant de prendre la relève. Marie-Lise nous raconte :

« Ma sœur Sabine travaillait dans le sport. Moi j’étais dans le bâtiment. Nous n’avions aucune formation agricole. Nous avons appris sur le tas. Ce n’est pas toujours évident pour gérer, surtout dans les champs.
Notre famille est sur ces terres depuis 1702. Toutes les maisons aux alentours sont occupées par des membres de la famille. Nous avons grandi ici. Nos racines sont dans ces terres.
Notre père gérait l’exploitation avec son frère. Quand notre oncle est parti à la retraite, il a fallu décider de l’avenir de l’exploitation. Aucun de nos grands frères ou cousins ne souhaitaient prendre la relève. Sabine a d’abord rejoint notre père, puis j’y suis allée à mon tour. Mais aucune de nous deux ne souhaitait abandonner sa passion. Alors Sabine a toujours une association de stretching et moi, j’ai gardé mon entreprise dans le bâtiment.
On jongle tout le temps entre nos familles, l’exploitation et nos activités à côté. Ça fait de longues journées, mais nous sommes heureuses ainsi. »

Lorsqu’elles ont rejoint l’exploitation aux côtés de leur père, les deux sœurs Matras ont fait preuve d’innovation sans oublier de puiser dans les traditions.

« Quand nous avons repris l’exploitation, il y avait principalement des noyers, du blé, du maïs, un peu de truffe et des brebis. Nous avons souhaité arrêter le maïs, car sa culture demandait trop d’eau. En 2016, nous avons commencé à planter de la lavande et du lavandin. Aujourd’hui, l’exploitation compte plus de 70 hectares, dont 33 dédiés à la culture de la noix, 15 aux céréales et 15 à la lavande et au lavandin. Les parcelles de truffes sont encore en développement. Nous avons également choisi de planter des oliviers.
En effet, on se rend compte que le climat change et nous savons que nous allons devoir nous adapter. Nous avons voulu prendre le pli avant d’y être contraintes. Nous avions hésité entre plusieurs cultures, mais l’olivier se prêtait bien aux changements climatiques et nous aimions l’idée de pouvoir proposer notre propre huile d’olive.
À l’époque de notre père et notre oncle, aucune transformation n’était faite sur l’exploitation. Pour répondre à la demande et pour valoriser nos produits, nous avons choisi de développer l’offre. Notre atelier de transformation est sur la ferme, mais nous faisons appel à des artisans pour certaines références lorsque nous n’avons pas le matériel ou le savoir-faire. Cela nous permet de contribuer à développer l’économie locale. Nous vendons de la fleur de sel à la truffe, de la farine conçue avec notre blé, des noix caramélisées, chocolatées et épicées, de l’huile de noix, de sirop de lavande, des moelleux aux noix, du vinaigre, de la moutarde… »

Sur l’exploitation, Marie-Lise et Sabine font en sorte d’avoir l’impact le plus vertueux possible. Ce n’est pas toujours simple : il faut composer avec les aléas, la concurrence, les normes et les injonctions.

« Nos tourteaux de tournesol sont récupérés par un berger. Il amène ses brebis sur nos terres et ça nous permet de tondre naturellement sous les noyers et d’avoir de l’amendement. Ça nous évite de sortir le tracteur et d’émettre des gaz à effet de serre. En plus, c’est une très belle rencontre !
Des apiculteurs posent leurs ruches dans nos champs de lavande et lavandin et en échange, ils nous donnent des pots de miel qui nous servent notamment à fabriquer nos moelleux aux noix. Nous réutilisons également les coquilles de noix pour les épandre sous les noyers. Ça favorise le développement de l’humus et permet maintenir l’azote en surface.
On essaie d’avoir ce genre de démarche sur toutes nos cultures. La paille du blé que l’on moissonne part chez des collègues du village. Ils l’utilisent dans leur étable pour leur troupeau de bovins et nous récupérons le fumier pour l’épandre sous nos noyers.
Nous voulons bien faire les choses, mais c’est parfois difficile. Nous subissons par exemple la concurrence des noix en provenance des États-Unis. Nous, nous faisons partie de la zone géographique de l’AOP noix de Grenoble, datant de 1938, et 80 % de nos noyers sont des variétés appartenant à l’AOP Noix de Grenoble. Nous répondons ainsi au cahier des charges très strict de l’AOP Noix de Grenoble, qui est garant de qualité. Nous respectons nos arbres et ce qu’ils nous procurent. Les Américains, eux, font le choix du rendement. Ils mettent des accélérateurs de croissance sur leur culture. Les arbres produisent des noix au bout de deux ans quand les nôtres ne le font pas avant leur septième année. Lorsque leurs noyers ont 15 ans, ils les arrachent. Leurs arbres sont trop épuisés et ne produisent plus. Les nôtres, à plus 30 ans, fournissent encore des noix en quantité suffisante. Ils pulvérisent des pesticides à outrance, car ils n’ont pas le climat pour cette culture. Nous, nous avons le terrain et l’hydrométrie adaptés. À la fin, ils ont des noix lessivées, sans goût ni caractère. Nous, nous avons celles qui plaisent tant à nos clients. Ce sont deux approches de l’agriculture complètement différentes, mais nous croyons en ce que nous faisons.
Cette concurrence ne provient pas forcément de l’étranger. Lorsque nous avons voulu lancer notre sirop de lavande, nous avons calculé son prix à partir du temps passé à cueillir, égrainer, fabriquer… Puis, nous l’avons comparé à d’autres sirops en vente. Le nôtre était bien plus cher. Nous avons fait des recherches, car nous ne comprenions pas. Puis nous avons regardé les ingrédients. De nombreux fabricants utilisent des arômes ou des huiles essentielles. Nous, nous le fabriquons à partir du produit pur et naturel. On a pu justifier le prix, notamment auprès de nos clients professionnels en boutique. Au début, ils étaient réticents. Mais rapidement, ils ont compris que c’était un gage de travail et de qualité. Alors, ils nous ont suivies et ont accepté de référencer nos produits. 
Côté labels, nous sommes en conversion bio. Il y a 10 ans, nous avions voulu obtenir la certification. Cependant à cette époque le label Bio n’était pas très écologique.
Depuis 2 ans, nous sommes en conversion Bio, puisqu’il y a eu des évolutions sur le label et que nous souhaitons laisser une terre plus propre derrière nous. « 

La fratrie vend ses produits cultivés sur les rives de l’Isère à des restaurateurs, des bars (dont le 29ième meilleur bar à cocktail du monde !), des épiceries fines, des magasins de producteurs, des fromageries, jardineries et des particuliers, notamment depuis le confinement qui leur a amené des clients curieux et gourmands. Mais les deux sœurs ont renoncé à référencer leurs produits dans les rayons des grands magasins.

« Nous aimons avoir un lien avec nos clients. Lorsque nous entendons le fonctionnement de la grande distribution, il n’y a pas de regard, pas une question sur le produit, sur sa fabrication. Ils demandent des quantités astronomiques et à des tarifs que nous ne pouvons tenir. Nous, nous sommes une petite entreprise familiale. Et nous ne voulons pas perdre ça.
Nous passons trop de temps auprès de nos cultures, dans nos champs, dans nos ateliers pour accepter qu’elles soient si peu considérées. On aime pouvoir raconter leur histoire à nos clients, les conseiller, les aiguiller. »

Pour Marie-Lise et Sabine Matras, l’agriculture a besoin de faire porter sa voix. Elle doit être comprise de ceux qu’elle nourrit pour protéger ceux qui la font :

« Nous sommes dans nos champs dès l’aube pour arracher l’herbe à la main. C’est un sacré retour en arrière quand on voit toutes les technologies d’aujourd’hui. Qui accepterait de troquer son ordinateur contre un stylo plume ? Nous le faisons pour garantir des produits de qualité à nos clients. Pourtant, on tire à boulets rouges sur les agriculteurs. Tout le temps. On nous reproche d’utiliser des pesticides, mais on ne nous donne aucune autre solution pour contourner le problème. Nous en mettions sur 1% de notre exploitation. Mais c’est toujours 1% de trop. Alors, nous avons investi dans une petite tondeuse autoportée et nous faisons les 33 hectares et 4 500 arbres nous-mêmes. C’est un boulot dont le public n’a pas conscience.
Les consommateurs oublient parfois que le rôle de l’agriculteur, c’est de nourrir la société. Ils ne se rendent pas compte que sans nous, ils ne mangeront plus aussi bien.
On a l’impression que ce que nous faisons n’est jamais assez bien. Et ce n’est pas évident de vivre avec ce sentiment au quotidien. On aimerait que notre travail soit apprécié à sa juste valeur. »


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