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granvillage en reportage chez Éric Borel – de l’encens naturel au cœur des Alpes

Dans la catégorie Une journée avec...
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Le 10 décembre 2020
Découvrez le portrait d’Éric Borel, ramasseur-cueilleur d’encens naturel dans les Alpes. En savoir plus
eric borel

Nous avons retrouvé Éric en plein cœur des Alpes, là où la nature est omniprésente. En visitant un ramasseur-cueilleur d’encens naturel, nous nous attendions à avoir l’odorat quelque peu chatouillé. Et pourtant, les plantes d’Éric ont réussi à nous surprendre. À votre tour, faites un voyage olfactif en plongeant dans le quotidien d’Éric.


« Pour faire de l’encens, je ramasse le sang des arbres blessés par la folie des hommes »

eric borel encens


Éric Borel est un ramasseur-cueilleur. Il écume les forêts savoyardes à la recherche d’arbres et plantes aux vertus ancestrales pour fabriquer son encens naturel et ses tisanes.

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« Ça fait maintenant plus de 20 ans que fais les marchés et que je ramasse de l’encens. J’ai découvert ça grâce à un copain paysan qui a eu la chance de faire un tour du monde jeune. Il a vu tous les peuples de la Terre faire la même chose. Mais ici, en Occident, c’est un savoir qui s’est perdu. »

Si l’idée fut transmise par un ami, le projet, lui, est né d’un concours de circonstance. Alors qu’il tenait une salle de concert, Éric décide d’annuler la soirée du réveillon de l’an 2000. Il se retrouve alors avec 200 litres de jus de pomme bio. Ne souhaitant pas les gaspiller, il se rend sur un marché pour les vendre. L’expérience le séduit, l’aventure était lancée et peu à peu, Éric passe des jus de pomme à l’encens naturel.

« Je dis souvent à mes clients que l’encens, c’est comme la nourriture : ce n’est pas supposé être un produit chimique. À l’origine, l’encens, c’est une médecine du corps et de l’âme. On s’en sert pour désinfecter les sinus et l’arbre pulmonaire, assainir l’air de la maison, apaiser. Dans toutes les cultures traditionnelles, on lui reconnaît également des vertus spirituelles. Ce type d’encens fait de résine ne dégage pas de fumées toxiques. Il s’utilise par sublimation. Grâce à de la chaleur, il passe de l’état solide à l’état gazeux. Cette vapeur de substances médicinales est sans danger.»

encens naturel

Les contrastes sont nombreux dans le quotidien d’Éric : il y a d’abord les saisons avec l’été qui va voir les plantes pousser et l’hiver qui va laisser à la Terre le temps de se régénérer. Mais il y a aussi le bruit et le silence, quand il passe des marchés animés le matin, aux forêts paisibles l’après-midi.

« Pour moi, l’un comme l’autre sont indispensables. Ça fait un équilibre entre la vie sociale et le silence. On a besoin des deux. Et dans le monde moderne, ce n’est pas vraiment réparti comme ça ».

D’ailleurs, le monde moderne, Éric en parle beaucoup. À travers ses mots, on devine quelques critiques. Lui sont reprochés l’abandon du monde paysan, la perte des savoirs anciens, mais aussi l’origine du dérèglement climatique qui cause tant de tort à cette nature qui lui est si précieuse.

« Cicéron « La culture, c’est le soin qu’on porte à la Terre et à l’esprit. » C’est exactement l’inverse de la société de consommation. On pourrait faire de la Terre un paradis, mais nous en faisons un enfer. On commence tout juste à en voir les prémices.

Pour l’instant, on a la chance d’avoir un climat relativement tempéré. Mais c’est une chance qui ne va peut-être pas durer avec le changement climatique. Je travaille avec une ferme qui a dû vendre son troupeau. À cause de la sécheresse de cet été, il n’y avait plus assez d’herbe, alors il fallait racheter du foin, et cumulé à d’autres choses, ce n’était plus assez rentable. »

De son côté, Éric fait tout pour préserver cette nature qu’il aime tant. Peut-être parce qu’il a commencé son activité au lendemain de la tempête du siècle qui avait fait tant de ravages en 1999, le fabricant d’encens prend soin de ne récolter que les arbres abîmés. Il nous le confie avec une poésie qui n’appartient qu’à lui : « je ramasse le sang des arbres blessés par la folie des hommes ».

arbre encens


« Les gens sont assez curieux sur l’encens »


Novices en la matière, nous avons demandé à Éric de nous expliquer ce qu’il se passe une fois la résine recueillie.

« Je recueille la résine sur les arbres abîmés ou parasités. Trop liquide elle est inexploitable, cristallisée elle est parfaite. Si j’avais plus de temps, je pourrais la mélanger avec des plantes médicinales comme du thym, de la sauge ou du romarin. Je laisse au client le choix de le faire et je me contente de lui fournir de la résine pure. Les gens sont assez curieux sur l’encens. »

Nous lui avons aussi demandé s’il envisageait d’apposer des labels sur ses productions. Mais comme beaucoup de producteurs, Éric met les certifications face à leurs propres contradictions :

« Quelqu’un qui ne met pas de pesticides on lui demande de payer pour le prouver et quelqu’un qui se sert des pesticides reçoit des subventions. Je n’ai jamais compris cette logique et je n’ai pas envie de la cautionner »

Son encens, le producteur le vend en majorité à des particuliers, sur les marchés et sur son site. Une petite partie de sa production est vendue à des professionnels, dont la plus vieille librairie dAnnecy, « la Procure ».  Malheureusement, l’épidémie de covid-19 est passée par là et quelques opportunités se sont envolées.

Comme beaucoup d’agriculteurs, son activité ne lui permet pas d’en vivre. Alors pour compenser, il vend aussi sur les marchés les produits d’autres producteurs, comme des fromages fabriqués par des fermes aux alentours. Il cultive également des fruits et des légumes pour sa consommation personnelle et revend parfois le surplus sur les marchés de la région.

« Depuis le printemps dernier, je n’ai pratiquement pas eu à acheter d’autres produits, à peut-être du beurre, de l’huile et d’autres produits du genre. Ça me permet de dépenser presque rien. C’est idéal, j’ouvre la porte et je me demande « tiens, qu’est-ce que je vais manger ? ». C’est un luxe. Si je n’ai plus d’argent, j’aurais au moins à manger. »

Éric écume les marchés car il croit dur comme fer aux circuits courts. Il aime la liberté qu’ils offrent, mais il regrette qu’ils soient si peu plébiscités par les consommateurs. Il aimerait qu’ils délaissent les rayons des supermarchés pour revenir arpenter les marchés traditionnels :

« Je suis assez vieux pour avoir connu le monde d’avant les supermarchés. Quand j’étais gamin, il y avait des épiceries partout. Aujourd’hui, rien que dans ce petit hameau, tout a fermé. Les consommateurs devraient faire vivre les producteurs locaux plutôt que les gros industriels. Nous, les paysans, sommes un peu les derniers dinosaures. »

Mais ça ne le décourage pas. De son atelier aux sentiers forestiers, Éric est animé par la passion quand il nous parle de l’encens, de son histoire millénaire, des plantes qu’il utilise et de la place qu’occupe la nature dans sa vie.

Vous souhaitez vous procurer de l’encens ? C’est par ici, sur la boutique en ligne d’Éric.


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Photos : Thomas Spault.

4 commentaires sur “granvillage en reportage chez Éric Borel – de l’encens naturel au cœur des Alpes

  1. Bravo Éric j’admire ta philosophie. C’est toi qui a raison. Les hommes sont devenus riches de connerie et pauvre de vrai richesse que la terre nous donne. C tellement beau la nature… c notre mère. Loulou des marchés. A lundi mon ami .

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