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Paroles d’agriculteurs par temps d'épidémie – Après la crise

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Le 29 juin 2020
L'épidémie passée, les agriculteurs sont encore et toujours là En savoir plus
agriculteurs confinés

À l’annonce du confinement dû à l’épidémie provoquée par un coronavirus, puis un mois plus tard, nous avons souhaité prendre des nouvelles des agriculteurs. Nous avions alors demandé à Valérie, Gaël et Jean-Pierre de partager leur ressenti sur la situation. Aujourd’hui, à plus d’un mois de déconfinement, nous leur avons à nouveau proposé de prendre la parole. Le virus n’effraie plus vraiment les agriculteurs, mais ses conséquences économiques sont maintenant redoutées.


À vous qui nous lisez, n’oubliez pas de soutenir encore et toujours vos agriculteurs qui ont été là avant, pendant et après la crise.

Après la crise, toujours debout


Valérie Mouton-Ferrier – productrice de safran

Valérie safran


« Notre situation est un peu particulière. Je suis officiellement en GAEC (Groupement Agricole d’Exploitation en Commun) maintenant. Nous sommes en train de construire quelque chose et ce ne sont que les débuts. Après toute cette période un peu floue, il nous est difficile de nous projeter.

Nous commençons déjà à ressentir une diminution des ventes en direct et pas de reprise, voire des annulations, des opérations événementielles. Le point positif de ce confinement, c’était la circulation. Les routes étaient très calmes, ce qui permettait aux professionnels d’assurer leurs déplacements tranquillement !

Même si nous percevons un net ralentissement depuis le déconfinement, nous pouvons quand même constater un retour aux circuits courts, aux petits producteurs et produits de proximité. Cela devrait nous être plutôt favorable. Certains consommateurs sont déjà retournés à leurs habitudes, comme avant l’épidémie. Avec l’école, le travail et la vie quotidienne, ils n’ont plus forcément le temps de faire les marchés comme pendant l’épidémie.

Consommateurs, n’oubliez pas que même ce qui est dans les rayons des supermarchés provient de nos terres au départ. Ne nous oubliez pas et soutenez-nous en achetant vos produits en direct !

Je pense que les aides financières et le report des cotisations mis en place par le Gouvernement au début du confinement ont été utiles. Seulement, un report implique de payer à un moment. Et j’espère que nous serons capables de le faire lorsque le temps viendra. Ce fut une bouffée d’oxygène sur le moment, espérons qu’il n’y aura pas de revers. L’avenir nous le dira.

Au niveau local, nous avons été aidés. La municipalité s’est démenée pour maintenir le marché, obtenir une dérogation et permettre aux producteurs de la commune de vendre leurs produits. En revanche, je n’ai pas eu le sentiment que l’Union Européenne ait fait grand-chose durant cette crise. Je n’ai pas entendu parler d’une aide quelconque de leur part. La sortie d’Emmanuel Macron dans l’exploitation qui produit des tomates hors-sol a quand même démontré qu’il y avait un décalage entre leur vision de l’agriculture et la nôtre.

Je ne garde pas un sentiment négatif de cette crise, mais je ne vois pas pour autant d’évolutions positives. Aujourd’hui, je suis extrêmement fatiguée. Je ne sais pas si c’est dû au confinement ou au déconfinement, mais la fatigue est là !

Merci à Granvillage d’avoir pris de nos nouvelles régulièrement. J’ai vu passer des posts qui invitaient le public à se rendre chez leurs producteurs, qui mettaient les producteurs en valeur et tout ça, c’est positif ! »

Retrouvez Valérie sur Granvillage.



Gaël Teissier – éleveur de chèvres et producteur de fromage

gael


« À près d’un mois post-confinement, je suis toujours debout. Les craintes du début se sont effacées, mais j’ai toujours des appréhensions pour l’après, notamment au niveau économique.

Peu à peu, je m’aperçois que l’engouement des gens pour le local et les petits producteurs était peut-être plus éphémère que ce à quoi on s’attendait. Depuis la fin du confinement, les ventes ont diminué. Notre but aurait été de garder 15 à 20% des clients arrivés pendant l’épidémie. Si nous faisons le point, notre nombre de clients a diminué mais le panier moyen a augmenté.

La vie a repris son cours et les gens retrouvent leurs habitudes de consommation. Ils font en fonction de leurs contraintes quotidiennes. Ils s’arrêtent faire des courses sur le chemin, en rentrant du boulot car cela prend moins de temps. Durant le confinement, ils avaient le temps, ils pouvaient aller au marché, découvrir de nouveaux producteurs, aller chercher le fromage à un endroit, les légumes à un autre.

Les magasins de producteurs pourraient convaincre, mais malheureusement, ils ont la réputation d’avoir des produits plus coûteux.

Je pense que la consommation est avant tout une question d’éducation. Si depuis votre enfance, on vous a appris à aller au marché, alors en grandissant, vous irez au marché. Si on vous a mis dans un caddie de supermarché, qu’on vous a appris que le rayon viande est à côté du fromage, alors consommer local ne viendra pas naturellement. Éduquer au local, c’est un travail de fond qui ne peut pas se faire en un mois ou deux. C’est à l’école qu’il faudrait travailler ça. Inciter au plus tôt à mieux manger et mieux consommer.

Ma crainte concerne vraiment l’après. Lorsque l’on entend à la radio que le nombre de chômeurs augmente, que des licenciements ont lieu et que nous sommes en récession, cela n’a rien de rassurant. D’autant que, comme la viande, le fromage est un produit qui coûte cher.

Je ne sais pas si ces comportements peuvent changer. Les gens qui viennent chez nous sont déjà des gens engagés, qui ont envie de consommer différemment. Les autres vont aller où ça les arrange. On aura beau proposer des produits de qualité, on ne pourra pas lutter.

Ce dont je me suis rendu compte durant cette période de confinement, c’est que nous, les producteurs, avons été beaucoup aidés par les petites communes rurales. Moi qui vis dans l’Ain, j’ai pu continuer à faire les marchés autour de chez moi car les maires se sont battus pour les soutenir, pour que le local prime. Ces maires sont habitués à se battre pour que les commerces restent ouverts dans les villages. À l’inverse, la réaction des plus grands a été plus décevante. À Bourg-en-Bresse, qui est la grande ville la plus proche de chez moi, le marché a mis très longtemps à rouvrir. Au début du confinement, le maire a envoyé un courrier nous apprenant la fermeture des marchés et nous invitant à nous rapprocher des grandes surfaces pour vendre nos produits. Écrire cela, c’est méconnaître et mépriser le monde agricole. Il a fini par autoriser la réouverture des marchés car l’opposition montait des marchés de quartiers. Mais cela a été freiné, nous avons perdu du temps et ce fut compliqué.

Les volontés politiques ne sont pas les mêmes selon les échelles. Au niveau national ou européen, les enjeux politiques ne concernent pas les marchés de campagne et les petits producteurs. Cela va à contre-courant des circuits courts. Nous ne les intéressons pas. Et de mon côté, je n’attends rien d’eux. J’ai des attentes au niveau local. Un élu local connaît son territoire et ses habitants. J’aimerais leur dire, à ces élus nationaux ou européens, de s’intéresser au local. Le local, c’est une source d’emplois, c’est ce qui fait vivre un territoire, ce qui entretient l’économie.

Il y a quand même du positif à tirer de cette crise. Sur mon exploitation, à titre professionnel, ça m’a permis de mettre en place de nouvelles choses, comme un service de livraison dans le village voisin ou encore de renforcer mes liens avec un maraîcher d’une commune voisine qui m’a accueilli le samedi matin sur son exploitation lorsque le marché de Bourg-en-Bresse a fermé. Nous avons décidé de maintenir cette activité car les gens sont contents de trouver du fromage en même temps qu’ils récupèrent leurs paniers de légumes. Tout cela m’a permis de m’ancrer encore plus au niveau local, de renforcer les liens qui m’unissent à aux différents acteurs, de prendre conscience de la complémentarité entre les différentes exploitations. S’il n’y avait pas eu cette épidémie, nous ne l’aurions peut-être pas vécu. C’est intéressant de créer du lien dans une période qui n’amenait pas forcément du positif. »

Retrouvez Gaël sur Granvillage.



Jean-Pierre Rivière – artisan-vigneron 

jean pierre riviere


« Au niveau professionnel, le dernier mois de confinement a été un peu plus léger.

Nous avons pu ouvrir le caveau de vente le 11 mai et aussitôt, les clients sont revenus. Certes, l’adaptation n’est pas simple : nous les recevons dans des conditions sanitaires strictes, mais au final les gens sont compréhensifs. L’œnotourisme repart aussi. Les samedis sont complets, même si l’organisation d’évènements est extrêmement compliquée. Nous étions très inquiets concernant nos clients restaurateurs mais eux aussi s’adaptent et les ventes repartent. Un vrai sentiment de solidarité s’est créé au niveau local et nous espérons qu’il perdurera.

Les mesures d’aide proposées par le gouvernement ont été utiles sur le court terme pour éviter les faillites. Le problème, c’est que cet argent distribué, il faudra le rembourser. Y aura-t-il un nouvel impôt ? Sera-t-il pour les particuliers ? Pour les entreprises ? Nous n’en savons rien.

On nous avait annoncé quelques millions d’euros d’allègement de charges sociales. Il y a quelques jours, lors d’une réunion avec le Président de la MSA (Mutualité Sociale Agricole) Ain-Rhône, celui-ci nous a clairement affirmé que rien n’était encore acté. Nous sommes les plus concernés et pourtant, nous ne savons rien. Cela touchera aux charges employeurs ? Aux charges salariales ?

De notre côté, au Domaine, depuis la fin du confinement, notre activité caveau a très bien redémarré. Nous sommes assez contents. Nous recevons beaucoup de clients et sentons que les gens ont envie de sortir, de remettre le nez dehors, de s’amuser et consommer certains produits. Il faudra voir comment se passera la suite, si les événements prévus pourront se dérouler et si les consommateurs garderont leurs habitudes.

Cette période difficile aura quand même permis à de nombreux agriculteurs de se rendre compte que s’ils veulent s’en sortir, il faut qu’ils prennent en main leur destin. Pour cela, il faut avoir la maitrise de sa production de A à Z, quitte à se regrouper, surtout dans les productions spécialisées. L’enjeu sera de transformer des actions provisoires en des choses plus durables.

De notre côté, nous avions déjà pris des initiatives, avec le drive, la livraison à domicile, les ventes internet par exemple. Cet épisode nous conforte dans notre démarche et nous confirme que nous sommes sur la bonne voie.

Aujourd’hui, nous avons repris une vie normale, nous voyons du monde, c’est plus facile à vivre. Ça fait du bien. Et pourtant, je mesure combien nous, agriculteurs, avons été chanceux durant ce confinement. Nous pouvions profiter du grand air presque sans contrainte. Je pouvais sortir et passer la journée dans mes vignes quand d’autres restaient enfermés sans même une terrasse ou un balcon. »

Retrouvez Jean-Pierre sur Granvillage.



Nous souhaitons remercier Valérie, Gaël, Jean-Pierre et Sylvie d’avoir partagé leur quotidien d’agriculteurs.


Au nom de toute l’équipe Granvillage, merci à vous, agriculteurs, d’avoir œuvré sans jamais vous arrêter pour permettre aux Français de se nourrir durant cette crise. Plus que jamais, nous sommes à vos côtés.

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© Photos : Jérôme Poulalier (Valérie & Gaël).
© Photo Jean-Pierre Rivière aimablement transmise par Jean-Pierre Rivière.


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