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Paroles d’agriculteurs par temps d'épidémie

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Le 25 mars 2020
Épidémie : plus que jamais, soutenons nos producteurs locaux ! En savoir plus
témoignages épidémie

L’épidémie frappe. Alors que les supermarchés sont pris d’assaut, les producteurs en circuit court semblent avoir des lendemains bien incertains. Malgré les mesures prises par le gouvernement, les peurs et appréhensions sont là. À quoi ressemblera demain ? Nous leur avons offert un espace de parole pour partager leurs émois et inquiétudes.
Acteurs du monde agricole, l’équipe Granvillage est mobilisée à vos côtés pour vous soutenir et vous accompagner dans cette épreuve. Contactez-nous pour nous faire part de vos besoins.

Lecteurs, au quotidien, nous comptons sur nos chers producteurs, aujourd’hui, par temps d’épidémie, c’est eux qui ont besoin de nous. Faites la part belle au local, rendez-vous sur Granvillage pour trouver des producteurs près de chez vous.

Covid-19 – quand les lendemains sont incertains

Jean-Pierre Rivière – artisan-vigneron  

D’un point de vue économique, cette période s’annonce très difficile. Les conséquences de l’épidémie seront catastrophiques pour toute la filière.  
Nous avons mis en place un service drive, sans contact et dans le respect des règles de sécurité, pour permettre aux gens de venir chercher du vin au domaine. Nous avons quelques clients qui sont passés. Certains m’ont dit « Déjà qu’on est confinés, si on n’a plus rien à boire, qu’est-ce qu’on va faire ? ».
Côté production, tout s’est compliqué. Nous continuons notre travail dans les vignes et veillons à ne pas être trop près les uns des autres, nous prenons chacun nos véhicules et tentons de nous adapter au mieux.
Cela se ressent aussi au quotidien. Je ne vois plus mes petits-enfants. Avec ma fille et mon fils qui travaillent au domaine, nous nous parlons de loin. C’est une ambiance assez étrange…
Au niveau du caveau, les effets se ressentent aussi. Depuis quelques jours, nous n’avons plus de clients qui viennent au domaine. Nous avions environ 200 réservations jusqu’à la fin avril pour nos différentes formules d’œnotourisme : mâchons, visites de cave, dégustations… tout est annulé. Les salons et événements n’auront pas lieu.
La Chine et les États-Unis étaient les deux plus gros marchés importateurs de vin. Au vu de la récession que vont connaître ces pays, on peut craindre que la consommation de vin chute fortement. Cela aura un fort impact sur la partie vente-négoce.
En plus des répercussions économiques, ce qui est difficile, c’est aussi le manque de contact avec les gens.
Nous avons eu la chance de ne jamais connaître les guerres. Les générations qui nous ont précédés ont connu des temps bien plus durs et se sont relevées malgré tout. Alors, tentons de rester optimistes, gardons le moral, gardons espoir. Suivons les préconisations pour nous protéger.
Quand reviendront des temps meilleurs, revenez voir vos producteurs.  

Retrouvez Jean-Pierre sur Granvillage.

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Sylvie Gendre – Productrice d’huile

Il y a quelques jours encore, nous ne ressentions pas vraiment l’impact de l’épidémie sur notre activité. Samedi et dimanche, nous avons pu faire nos marchés.
Je pense qu’à partir de maintenant, nous allons en ressentir les effets. Les appréhensions commencent. Nous avons une huilerie artisanale et travaillons aussi sur place. Nous travaillons avec des magasins que nous fournissons en huile. Certains ne passeront plus commande durant le confinement. Tous nos marchés et événements du mois d’avril sont annulés. Nous nous faisions pourtant une joie de participer à l’événement organisé par Granvillage. Ce devait être une première pour nous… Nous savons déjà que nous ferons moins de chiffre durant les mois qui viennent.
Nous avons quelques craintes pour l’avenir. Certains seront aussi bien plus touchés que nous, notamment les commerces non-alimentaires. Cette épidémie aura un impact assez lourd sur l’économie, et particulièrement l’économie locale. Nous tenterons de rebondir après !
On nous dit que les cotisations peuvent être suspendues, nous aurons forcément à les payer un jour ou l’autre. Plus que jamais, il y a la question de l’après : que se passera-t-il ?
Consommateurs, restez chez vous mais soyez au rendez-vous une fois cette crise passée pour soutenir les producteurs ! Faisons tous en sorte que tout le monde se porte bien et qu’il y ait un minimum de malades.

Retrouvez Sylvie sur Granvillage.

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Valérie Mouton-Ferier – productrice de safran

D’un point de vue personnel, nous sommes impactés, bien-sûr, comme tout le monde. Mais je me sais chanceuse. Nous sommes à la campagne, mes enfants peuvent prendre l’air dans le jardin. C’est beaucoup plus facile pour nous que pour ceux qui sont coincés dans un appartement et pour lesquels ce doit être beaucoup plus anxiogène.
Sur un plan professionnel, même si nous sommes toujours autorisés à nous déplacer dans le cadre de notre activité, c’est le côté commercialisation qui est compliqué. Pour ma part, je faisais beaucoup de marchés événementiels ou de visite à la ferme. Tout est annulé. Je comprends tout à fait pourquoi, mais cela aura des répercussions directes sur mon activité.
Pour pallier ce manque d’activité, j’essaie de contacter directement mes clients pour leur proposer de venir chercher leurs produits à la ferme, via la vente par correspondance ou le site internet. On verra si cela porte ses fruits.
Pour avoir un revenu complémentaire, je vais aller travailler chez des collègues proches, dans l’élevage ou le maraichage, comme main d’oeuvre ponctuelle.
Je me tiens régulièrement informée, mais j’évite l’information « en boucle » qui entretient la peur. Il faut avant tout garder le moral ! On sait que le confinement risque d’être assez long. Toutes les grosses opérations qui devaient avoir lieu dans les semaines à venir vont très probablement être annulées. Sans trésorerie, ces mois s’annoncent difficiles. Il va falloir trouver des solutions, fonctionner peut-être différemment.

Retrouvez Valérie sur Granvillage.

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Gaël Teissier – éleveur de chèvres et producteur de fromage

Je ressens déjà des répercussions économiques liées à l’épidémie. Deux des marchés que je fais ont été fermés. Ils représentaient les deux tiers de mon chiffre d’affaires hebdomadaire. Ce n’est pas rien.
D’autant que je sors d’une période durant laquelle je ne vendais pas car les chèvres ont un cycle saisonné. Elles produisent du printemps jusqu’à la fin de l’année. Pour les producteurs comme moi qui n’ont pas de trésorerie, ces mois s’annoncent difficiles. Je ne sais pas comment je vais pouvoir traverser cette période. J’ai deux salariés que je ne peux pas mettre au chômage technique car nous avons beaucoup de boulot.
Pour l’instant on nous propose des reports de charges, mais ça ne veut pas dire « annulations ». Il arrive un moment où ça coince. Ça me semble déjà compliqué d’avoir à rattraper les charges durant la période de confinement.
C’est dommage de voir que des marchés en plein air sont annulés alors qu’il y a moins de risques que dans les grandes surfaces où les gens s’entassent. Ce ne sont pas les plus grosses entreprises qui vont trinquer. C’est pour nous, petits producteurs que ce sera dur.
J’invite les consommateurs à s’orienter vers les magasins qui commercialisent les produits en circuit court, vers les marchés qui sont encore ouverts ou d’aller directement dans les exploitations.
J’espère que nous arriverons à passer la mise en quarantaine, que nous tiendrons et que la propagation du virus sera rapidement freinée. Une fois cette épreuve derrière nous, j’espère les gens reviendront chez les producteurs, retourneront sur les marchés car alors, nous aurons vraiment besoin d’eux.

Retrouvez Gaël sur Granvillage.

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Celles et ceux qui cultivent et élèvent pour nous nourrir se retrouvent en grande difficulté. Ils sont nombreux à avoir renoncé à une partie de leur activité pour nous protéger de l’épidémie et se retrouvent avec des stocks importants. Alors que de nombreux rayons sont vides, les entrepôts de nos producteurs sont pleins de bons produits, sains et locaux. Avant d’aller remplir ses placards, pensons à tous les producteurs locaux qui nous entourent et qui proposent de bons produits sains. Faisons le choix du local et des circuits courts pour supporter notre agriculture.

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© Photos : Jérôme Poulalier (Valérie, Sylvie Gaël).
© Photo Jean-Pierre Rivière aimablement transmise par Jean-Pierre Rivière.

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