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Granvillage en reportage chez Sébastien Tholot – Les Aubracs de Saleyres

Dans la catégorie Une journée avec...
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Le 25 février 2021
Découvrez le quotidien de Sébastien Tholot, éleveur de belles vaches Aubracs En savoir plus
aubracs sébastien


Dans le Parc naturel régional du Pilat, non loin de la région stéphanoise, Sébastien élève de belles Aubracs. Sa passion pour l’élevage et les vaches de caractère, Sébastien la tient de son père. Au son des cloches et des meuglements, nous lui avons demandé de nous parler de son cheptel, de sa définition de l’agriculture et du rôle nourricier des paysans.

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Quand les Aubracs secouent leur cloche, pluie en montagne est proche


Ne cherchez pas, ce dicton n’existe pas. En revanche, il s’est vérifié. Lorsque nous interrogions Sébastien sur son quotidien, une pluie providentielle s’est abattue, après des mois de sécheresse. Et pendant ce temps-là, les aubracs de l’éleveur faisaient entendre leurs cloches. Vous voyez, on n’invente rien…

aubracs vaches

Si nous devions résumer notre échange avec Sébastien, nous parlerions de l’amour qu’il porte à ses vaches aubracs.

« Ce sont toutes des bêtes nées à la maison. Pour certaines de mes vaches, j’avais déjà leur arrière-grand-mère, c’est dire ! ».

Alors que Sébastien nous fait faire le tour du propriétaire, nous remarquons que certaines de ses vaches sont bien en chair. Nous lui demandons si le cheptel d’aubracs se perpétue ou si elles sont simplement trop gourmandes.

« Elles sont « pleines ». Elles font des veaux chaque année et après les vêlages, au printemps, elles perdent un peu leur ventre. Mais au fil des gestations, elles gardent quand même un ventre assez rond. Le but de l’élevage c’est qu’elles me fassent un veau tous les ans. Elles mettent bas en février ou mars, nous les sortons au printemps et elles passent quelques semaines tranquilles avec leur veau. Ensuite, nous mettons les taureaux avec leur troupeau lorsqu’elles ont leurs périodes de chaleur. Ils les montent et c’est reparti ! À l’automne, nous leur retirons les veaux. Il faut alors les tarir. Le plus souvent, elles sèvrent elle-même leur veau mais certaines peuvent continuer à fournir du lait durant les jours qui suivent le sevrage. Il faut donc être vigilant afin qu’elles ne fassent pas de mammites. Cela peut être dangereux pour elles et entraîner la perte d’un pis dans le meilleur des cas, voire une forte fièvre et une infection dans le pire des cas.

De manière générale, Sébastien opte pour des traitements naturels lorsqu’il s’agit de ses bêtes.

« Nous essayons de nous servir au maximum de soins naturels, comme les huiles essentielles ou la phytothérapie, en particulier pour la « bobologie ». Cette année, nous avons eu un souci de grippe et nous avons soigné les veaux qui commençaient à tousser avec des huiles essentielles. En quelques jours, c’était réglé, mais si cela s’aggrave, alors nous utilisons des médicaments conventionnels. »

Françoise, son épouse, nous explique :

« Nous ne sommes pas en bio, mais nous en partageons la vision. Pourtant, ce n’est pas notre objectif d’obtenir le label. Ça génère des coûts et nous ne voulons pas avoir à les répercuter sur notre produit fini et risquer de perdre notre clientèle. De plus, nous ne sommes pas autonomes au niveau du foin. Nous devons en acheter quelques tonnes et malheureusement, le foin bio est hors de prix. Vu la petite taille de notre structure, nous ne pourrions pas amortir ces frais. Les gens ne comprendraient pas pourquoi nous augmenterions autant nos prix.
Mais dans la conduite du cheptel et de l’exploitation, nous sommes quasiment en bio. Nous ne pulvérisons rien, nous n’utilisons pas de pesticides. Évidemment, c’est plus facile pour nous car nous n’avons pas de cultures, seulement des prairies naturelles. Si nous avions des cultures, nous y aurions peut-être été contraints…

S’il utilise des méthodes naturelles et ancestrales, Sébastien n’est pas pour autant en reste sur l’innovation et la technologie quand ça concerne son troupeau.

« On a installé une caméra car la maison n’est pas à côté. Alors quand on voit sur la vidéo qu’une vache commence à faire son veau, on y va. Ça m’évite de dormir à côté de mes vaches toute la nuit. J’ai beau les adorer, je préfère encore dormir auprès de ma femme ! nous confie-t-il en riant. Nous sommes allés au Salon Internationale de l’Agriculture l’année dernière et j’ai pu surveiller mes bêtes à distance. J’ai même pu surveiller mon père, plaisante-il. Aujourd’hui, la caméra est l’un de nos outils les plus indispensables. »

Et sa fille de nous confier :

« J’aime bien quand on regarde sur la caméra et qu’on voit que le travail commence. On se précipite et on voit le veau sortir. Ça me fait toujours quelque chose ! »

Ses vaches aubracs et ses veaux, Sébastien les surveille à distance, mais pas que ! Dans l’étable de 600m2 qu’il a auto-construit pendant 2 ans, il doit aussi veiller à ce que chacun suive les règles. Car certaines vaches sont caractérielles et certains petits veaux voleurs de lait sèment le chaos :

« Quand tu as 25 veaux qui courent dans tous les sens, ce n’est pas simple de surveiller celui qui va piquer le lait ailleurs que chez sa mère ! C’est pour ça qu’en plus de leur numéro de boucle national, nous leur donnons des noms que nous écrivons sur une ardoise accrochée au-dessus de chaque vache. Ça nous permet de savoir à quelle mère ils appartiennent.
Cette année, avec la covid, mes filles étaient beaucoup avec moi. C’était amusant de les voir courir après les veaux qui gambadaient dans tous les sens.
Nous les surveillons pour qu’ils n’aillent pas téter chez une autre mère. Certaines sont cool, mais d’autres les sortent aussitôt. Il y a aussi celles qui produisent moins de lait. Dans ces cas-là, nous laissons leur veau téter ailleurs. On a des génisses pour lesquelles la première lactation est un peu difficile. Alors on triche et le veau va se nourrir auprès d’une vache qui en aura plus.
C’est aussi à partir de cette période-là, en fin d’hiver, que nous commençons à sélectionner les petites velles que nous garderons pour en faire nos futures mères. »

veau et vache

Même quand il nous parle de ses veaux les plus turbulents, on sent l’affection de l’éleveur pour ses bêtes qu’il côtoie au quotidien.

« Je les aime toutes, mes bêtes. Les plus vieilles, ce n’est pas moi qui les emmène à l’abattoir. C’est une autre entreprise. Je l’ai fait une fois avec une vache qui avait plus de 10 ans. Lorsque je suis revenu à la maison, je n’étais pas bien. Pour les veaux, c’est différent car on ne les voit qu’une saison. Ils sont amusants, mais on s’attache moins. Ils ne se laissent pas trop caresser, alors tu gardes toujours une certaine distance. Ce n’est jamais une partie de plaisir de les emmener à l’abattoir, mais ça va, je peux gérer. Pour les vaches, c’est autre chose…

D’ailleurs, ce que j’aime le plus dans ce métier, c’est quand on les sort après qu’elles ont passé l’hiver à l’intérieur.

Elles sentent que la sortie est imminente. On leur met les cloches, elles sont toutes contentes d’être dehors. On se pose dans le pré, on les regarde et on ne s’en lasse pas. C’est le printemps, c’est la libération pour elles et nous. C’est aussi souvent l’heure des règlements de compte, avec quelques bagarres pour qui sera la chef du troupeau cette année!  Pour nous, c’est toujours une montée d’adrénaline. Les veaux ne connaissent pas. Ils voient ça pour la première fois. »

vaches paturent


« L’agriculture doit d’abord être proche des consommateurs »


Certains côtés de son métier l’émerveillent encore, malgré les nombreuses années passées auprès de ses aubracs. Pourtant, Sébastien ne cache pas les aspects plus difficiles qui font le quotidien d’un agriculteur.

vaches et veaux saleyres

« On a de plus en plus de mal à trouver de la paille car elle est utilisée dans d’autres secteurs que l’agriculture. Et donc, le prix de la paille augmente.
Au début je la payais 80 euros la tonne de paille. Cette année, je vais la payer 105 euros. Et encore, je paie ce prix-là car je connais le marchand, mais certains la vendent 140 euros la tonne, soit presque le double d’il y a 5 ans. On ne s’en sort plus.
Pour le foin ça devient la même chose avec des producteurs spéculateurs qui, dans les années de sécheresse de plus en plus fréquentes, laissent monter les cours pour vendre au plus cher !»

C’est d’ailleurs parce que son exploitation demande de nombreux frais que Sébastien n’en a pas fait sa seule activité. Afin de boucler les fins de mois, il troque son habit d’agriculteur pour celui de chef d’équipe dans les travaux publics.

sébastien et ses vaches

« C’est dommage que notre agriculture ait besoin des subventions de l’Union Européenne pour vivre. Moi j’en ai besoin. Déjà que je ne me sors pas de salaire, sans les primes il n’y aurait, hélas, pas d’exploitation. Ces subventions représentent un gros tiers de mon chiffre d’affaires. C’est dommage d’avoir à être subventionné pour nourrir les gens.
J’ai une vision un peu sombre de l’agriculture d’aujourd’hui. Nous avons des organismes agricoles déphasés avec les paysans, qui ne nous guident pas dans le bon sens. Ils nous poussent trop vers les gros rendements, vers l’industrialisation, les gros emprunts bancaires. Ce n’est pas ma vision de l’agriculture.

Je me trompe peut-être, mais pour moi, l’agriculture doit d’abord être proche des consommateurs. Nous devons ouvrir nos portes, accueillir et échanger avec les gens, leur montrer la manière dont nous travaillons, dont nous nourrissons nos bêtes. Nous devons partager la passion qui nous anime et leur vendre de la nourriture saine ! »

C’est dans cette quête de transparence que l’éleveur a choisi de s’orienter vers les circuits courts.

« Quand les consommateurs mangent leurs steaks, ils doivent savoir comment ça se passe en amont. C’est essentiel pour nous d’être transparents.
Au début, nous n’étions pas dans l’optique de faire de la vente directe. Nous comptions faire comme mon père faisait : vendre directement à des coopératives qui emmenaient les broutards en Italie ou des pays tiers pour les engraisser. Mais ce n’était pas valorisant. Ils déterminaient même des fois le prix au téléphone, sans même venir voir la bête. Ça nous démoralisait. Quand le marché était bas, nous vendions de super belles bêtes à des prix dérisoires.
Au début, nous avons commencé à faire un ou deux abattages familiaux par an, juste pour notre consommation, puis pour la famille, les copains et de fil en aiguille, le bouche-à-oreille a fonctionné.
Les gens voulaient savoir ce qu’ils mangeaient, d’où ça venait. Il nous a fallu nous mettre au pas et faire ça dans les règles.
Petit à petit, nous en sommes venus à la vente en directe en colis de viande. Et aujourd’hui, nous savons pourquoi nous faisons ça : les clients nous appellent pour nous dire qu’ils se sont régalés, ils nous envoient des photos de leurs plats. C’est une vraie récompense. Ce n’est pas toujours facile, ça prend beaucoup de temps mais ça en vaut la peine quand on a ce genre de retours, on sait qu’on ne fait pas tout ça pour rien. »

belles vaches aubracs

C’est d’ailleurs grâce à cette relation de proximité avec ses consommateurs qu’il échappe aux griffes redoutables de l’agribashing qui causent tant de dégâts chez les agriculteurs d’aujourd’hui.

« Il va falloir que nous, agriculteurs, fassions des concessions. Nous devons faire attention à notre impact, notamment sur l’environnement. Si nous continuons ainsi, nous ne pourrons pas nous en sortir. Mais il faut agir avec raison.
Certains poussent aussi à ne plus manger de viande. Et ça, c’est à cause des grosses industries alimentaires qui privilégient le rendement à la qualité. Leurs actions et décisions ont des répercussions sur toute la filière.
Nous avons une petite exploitation, alors nous avons la chance d’y échapper. Mais pour certains, c’est vraiment dur. Ils ne peuvent plus épandre leur fumier ou mettre des cloches à leurs vaches sans quoi on les poursuit au tribunal pour l’odeur ou le bruit… Un fossé s’est creusé entre le monde paysan et le reste de la population. 
De manière générale, il faudrait que les gens mangent moins de viande, mais qu’ils consomment de la viande de qualité. Je parle de viande, mais ça marche évidemment pour plein d’autres produits. Pendant les années 80-90 on a nourri les gens avec tout et n’importe quoi. On leur a fait manger des produits industriels, des plats préparés. Beaucoup ont gardé ces réflexes et aujourd’hui, on en paie le prix. Je ne le leur reproche pas, je sais que certains n’ont pas les moyens de manger correctement et se rabattent sur ce qu’ils peuvent acheter. Les plats préparés coûtent finalement plus chers que les produits frais. On n’a pas éduqué les gens à cuisiner. Mais pour que les choses changent, mangez des produits de saison et sains, mangez français !! »

 

C’est sur ces paroles que nous quittons Sébastien, sa famille, ses belles aubracs et le parc du Pilat pour aller à la rencontre d’autres terroirs, d’autres savoir-faire et d’autres visages.

Découvrez les portraits de granvillage en reportage, saison 2 avec : Marc, Éric, Christian, Steve & Laurent.

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