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Salon International de l’Agriculture 2020 – Portraits d’agriculteurs d’aujourd’hui et de demain

Dans la catégorie Actualités
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Le 02 mars 2020
"Si je fais ce métier, c’est parce que j’aime mes bêtes." En savoir plus
portraits agriculteurs sia 2020

Qu’est-ce que l’agriculture aujourd’hui ? Que sera l’agriculture du futur ? Qui est l’agriculteur d’aujourd’hui ? Qui sera-t-il demain ? Voilà les questions que nous avons posées aux agriculteurs rencontrés lors du Salon International de l’Agriculture et leurs réponses, fidèlement retranscrites.

Agricultrices, agriculteurs : mots pour maux

Pierre Jamet –

portraits agriculteurs SIA 2020


« Je suis Pierre Jamet, en charge de la communication et de l’export au sein de l’Huilerie Beaujolaise. Nous sommes producteurs d’huiles vierges de fruits secs et de graines oléagineuses et ce depuis plus de 30 ans. Nous proposons aujourd’hui une gamme qui compte treize huiles vierges dont la noix, la noisette, la pistache, l’amande, la navette, l’œillette… ainsi que deux huiles de macération. Notre moulin est ouvert au public et peut être visité sur rendez-vous.
L’Agriculture est particulièrement sous les feux de la rampe aujourd’hui, pour des raisons positives ou négatives…parfois à tort, parfois à raison. C’est un secteur qui subit beaucoup de pressions. Les agriculteurs sont souvent tenus responsables de tous les maux de la Terre. Ils doivent faire face à de nombreux défis et cela peut amener à la création de nouvelles pratiques.
L’agriculture de demain sera peut-être mieux réfléchie, plus respectueuse de l’environnement… Le renouveau de l’agriculture passera par une prise de conscience des agriculteurs, mais aussi et surtout de la part des consommateurs. L’agriculture va sans doute connaître de nombreux bouleversements dans les années à venir, notamment au niveau des techniques de production ; afin de répondre à une nouvelle façon de consommer.
Il faut beaucoup de courage pour être agriculteur. Il faut faire preuve de beaucoup de volonté au quotidien. C’est un métier que les consommateurs doivent respecter et soutenir car, ne l’oublions pas, ce sont eux qui nous nourrissent ! »
Découvrez l’Huilerie Beaujolaise

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Olivier Valles

portraits agriculteurs SIA 2020

« Je suis Olivier Valles, éleveur de vaches laitières de race Holstein et producteur de lait bio dans le Tarn, au sein d’une ferme familiale essentiellement axée sur l’agronomie de l’herbe. Mon parcours n’est pas des plus simples. Ma formation de départ était vétérinaire et j’ai épousé une fille d’éleveurs. Je me suis pris de passion pour les vaches alors j’ai repris la ferme. À l’origine, nous étions sur une production de lait conventionnelle. J’ai eu envie d’aller dans le sens de l’histoire et de produire ce que le consommateur attendait : un aliment de qualité, qui donne envie d’être consommé.
Je ne suis pas agronome de formation et l’agronomie prônée par les grandes firmes ne me passionne pas. En revanche, je trouve un réel intérêt dans l’agronomie bio, puisque c’est tout simplement être à l’écoute, être attentif au sol et aux plantes. Cela consiste à choisir des variétés qui vont être capables d’être plus résistantes aux maladies, à avoir des pratiques agricoles plus respectueuses de l’environnement et à être préventif plutôt que curatif. Mon métier de vétérinaire m’avait déjà aiguillé en ce sens-là. Il vaut mieux éviter une maladie plutôt que de la gérer avec des traitements une fois qu’elle est installée.
En France, nous n’avons jamais eu un élevage d’aussi grande qualité qu’aujourd’hui. Nous sommes capables de nourrir la population avec des produits qui n’ont jamais été aussi bons qu’aujourd’hui. Nous n’avons jamais atteint un tel niveau de sécurité alimentaire. Nous pouvons consommer des produits issus de l’agriculture française qui n’ont jamais été aussi sûrs et jamais aussi bons.
Pourtant, nous sommes à un moment de l’Histoire où la défiance envers les agriculteurs n’a jamais été si grande. C’est un triste paradoxe. Les consommateurs peuvent parfois être menés, à leur insu, par le bout du nez.
Malgré la qualité des produits agricoles français, les agriculteurs souffrent. Ils souffrent de leur image, mais aussi de la pression exercée par les différents intermédiaires ou la grande distribution. C’est scandaleux de perdre, chaque jour, des agriculteurs car ils ne peuvent plus vivre de leur métier.
Si nous continuons ainsi, nous n’aurons plus la capacité de consommer des produits qui viennent de chez nous, dont nous connaissons les conditions de production, la composition. Nous irons chercher des produits aux labels flous à l’autre bout du monde et nous ne saurons rien de ce que nous consommerons.
Il faut protéger ce savoir-faire incomparable et sortir de cet agribashing. Pour faire face, il faut une agriculture soutenue par les pouvoirs publics. Il faut des circuits de distribution vertueux et retourner à une économie locale. Il faut relocaliser la consommation et la production pour que l’élevage évolue positivement. Je crois beaucoup au pouvoir du local.
Cela ne doit pas seulement profiter aux gros producteurs, mais aussi aux plus petits, qui pourront vendre leurs produits à leur juste valeur. Nous vendons le litre de lait au même prix qu’il était vendu 30 ans auparavant. Certains cherchent à faire passer les agriculteurs pour des méchants. Moi ce que j’ai envie de leur dire, c’est qu’ils font un super boulot !
Les gens ont perdu le lien qui les unissait à l’agriculture. Il y a quelques décennies encore, tout le monde avait un ou plusieurs membres de sa famille agriculteurs. Aujourd’hui, c’est moins de 3% de la population qui a un lien direct avec l’agriculture. Les gens n’ont pas conscience de la réalité de nos métiers. La société a perdu le bon sens paysan.
La meilleure pub que nous pouvons faire, au-delà de la qualité de nos produits, c’est de montrer ce que nous faisons et comment nous le faisons. J’ouvre les portes de mon exploitation pour que le public vienne voir à quoi ressemblent mon quotidien et ma réalité. Les gens se rendent alors compte qu’on leur a raconté pas mal de conneries. Ils sont surpris de voir qu’en fait, les vaches sont bien traitées, qu’elles pâturent à l’extérieur. Évidemment, lorsqu’il fait plus de 40° dehors, mes vaches sont mieux à l’intérieur, avec les ventilateurs pour avoir un peu d’air ! Ce sont des petites choses, mais elles sont importantes pour que les gens comprennent que notre réalité est parfois bien loin de celle qu’ils s’imaginent.
J’ai l’impression que les agriculteurs sont délaissés car leur poids politiques n’est plus aussi fort qu’avant. Il y a quelques années, les politiques cherchaient les voix des agriculteurs. Lorsque le milieu agricole représentait 30% des voix, les politiques se pressaient pour avoir leur soutien. Aujourd’hui, sur la balance électorale, les agriculteurs ne valent plus grand-chose, alors on ne s’intéresse plus à nous, à ce que nous avons à dire.
L’agriculture du futur risque de souffrir des déserts agricoles. Si les choses ne changent pas, il y aura de moins en moins d’éleveurs. La solution serait très simple : il faudrait redorer l’image des professions agricoles et rémunérer les agriculteurs à leur juste valeur. Il faudrait que les professionnels de l’agriculture soient capables de payer la main d’œuvre nécessaire pour faire tourner leur exploitation afin de ne pas se tuer à la tâche en le faisant seul.
Mon dernier mot va aux consommateurs : allez dans les fermes, frappez aux portes des éleveurs et allez voir comment ils travaillent. Allez voir votre voisin agriculteur, il ne suffit pas d’aller bien loin. Vous pourrez alors vous faire votre propre idée. Vous serez rassuré. Et surtout, achetez local, achetez chez votre voisin, chez les commerçants du coin. Préférez les produits des éleveurs de votre région ! »

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– Cyril Balland –

« Je m’appelle Cyril Balland, j’ai un élevage caprin de 600 chèvres en Nouvelle-Aquitaine. Je transforme la totalité de ma production en fromages : Mothais sur feuille et Chabichou du Poitou. Nous avons une centaine d’hectares, nous faisons notre foin de luzerne, nous produisons notre maïs et notre méteil, un mélange de céréales et de protéagineux que nous donnons directement aux chèvres.
Je suis éleveur, mes parents l’étaient aussi. Je n’ai pas repris leur ferme, j’ai intégré un GAEC et me suis installé avec trois autres personnes. Nous sommes en polyculture/élevage. Nous voulons maîtriser notre production de la fourche à la fourchette : nous avons nos chèvres, nous faisons nos fromages et contrôlons la distribution.
Dans le futur, il faudra accepter des tailles de troupeaux peut-être plus importantes. Nous aurons peut-être à travailler avec des pratiques différentes, car le métier a du mal à séduire les jeunes. Il faut trouver des solutions pour proposer aux éleveurs du futur un cadre de vie plus sympa.
L’éleveur d’aujourd’hui s’occupe de ses animaux, mais il est aussi acteur de son territoire, de sa filière, de son pays. Il n’est plus cantonné à sa ferme et participe au développement de son terroir et du monde en général.
L’éleveur de demain sera quelqu’un de dynamique, d’ouvert, de connecté. On voit d’ailleurs que le métier commence déjà à s’ouvrir sur les réseaux sociaux ! »

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Véronique Aubailly –

portraits agriculteurs SIA 2020

« Je suis Véronique Aubailly, je viens du département du Cher. Avec mon mari, nous élevons des bovins charolais et faisons de la diversification que nous proposons en vente directe et dans notre ferme-auberge. Mon parcours est un peu atypique puisque je ne me destinais pas à devenir éleveuse. Jusqu’alors, j’étais chef de cuisine en collectivité. Puis j’ai eu envie de changement.
J’ai connu mon mari qui était éleveur et qui m’a convaincue que c’était un très beau métier. D’année en année, j’ai découvert les ficelles du métier et j’éprouve aujourd’hui une véritable passion pour le monde agricole. Depuis l’année dernière, je suis à ses côtés sur l’exploitation. Nous vivons à deux l’aventure et le métier d’agriculteur. Cela nous permet de faire face car ce n’est pas toujours évident.
Pour moi, l’agriculture, c’est le passé et l’avenir. Le passé car elle a toujours été là et l’avenir car nous ne pourrons nous en passer. Aujourd’hui, nous sommes dans une phase de réflexion collective. Je suis convaincue que le secteur est en train de prendre un très beau virage.
L’agriculture du futur mettra l’accent sur la proximité et la communication avec nos clients. Notre société vit dans sa bulle. Nous sommes incapables de communiquer avec nos voisins alors qu’ils sont tout près. Il faut dès aujourd’hui communiquer sur les facettes positives de nos métiers pour préparer l’agriculture de demain. Granvillage est une belle vitrine qui nous permet de communiquer, de nous présenter et de nous faire connaître.
Les agriculteurs sont ceux qui nourrissent la population, ceux qui préservent la biodiversité et notre beau paysage français. L’agriculteur de demain sera à l’écoute, connecté et j’espère, respecté. »

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Angélique Hurtier –

portraits agriculteurs SIA 2020

« Je m’appelle Angélique Hurtier, je suis présente au salon de l’agriculture, invitée par Groupama puisque nous sommes sociétaires. Je suis productrice de spiruline dans la Drôme, à Condillac, pour le GAEC Spirales de lux. Je suis ravie d’être là !
Je produis de la spiruline, une micro-algue naturelle consommée comme un complément alimentaire. Après le lait maternel, la spiruline est l’aliment le plus riche au monde. Au quotidien, mon travail consiste à la cultiver, sachant qu’elle pousse à l’état naturel dans les zones tropicales. Nous recréons donc ce climat tropical pour favoriser sa pousse, sous serres, dans des bassins peu profonds pour permettre à chaque brin de spiruline d’avoir accès à la lumière. Elle pousse de mi-mars jusqu’à fin octobre. Nous la récoltons et la séchons pour pouvoir ensuite la proposer à la vente dans des petits paquets. Elle peut se consommer nature ou intégrée dans des recettes. Nous avions déjà eu la chance de recevoir l’équipe Granvillage qui s’était rendue sur l’exploitation pour retranscrire fidèlement notre travail quotidien. C’est incroyable que Granvillage réunisse des producteurs pour mettre en avant leur métier et leur savoir-faire. C’est une grande chance pour les adhérents.
Aujourd’hui, c’est important de consommer français et de soutenir les agriculteurs locaux. Il faut préserver nos traditions agricoles et la qualité des produits qui poussent dans nos terroirs. L’agriculture doit être valorisée, sur les salons, comme ici, mais aussi au quotidien, au niveau local.
J’espère que l’agriculture du futur accordera une belle place à la spiruline. Je pense que d’ici une dizaine d’années, la spiruline sera davantage présente dans notre alimentation. Nous allons consommer la viande autrement alors il faudra trouver de nouvelles sources de protéines, comme les insectes ou la spiruline.
De manière plus générale, j’espère que l’agriculture du futur sera plus locale, qu’en tant que consommateurs, nous nous tournerons vers ce qui pousse près de chez nous. Il y a encore quelques années, nous étions dans une société qui incitait à la consommation de masse. Aujourd’hui, nous replaçons la proximité, pour les produits comme pour les échanges, au cœur de notre consommation.
L’agriculteur doit rester ouvert. Ouvert au monde, aux innovations, aux nouveaux produits. L’agriculteur d’aujourd’hui s’intéresse à son environnement, à la Terre, à ses consommateurs. Et j’espère qu’il en sera de même pour l’agriculteur du futur. Je suis très optimiste quant à l’évolution de l’agriculture. »
Découvrez Spirales de Lux

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Emma & Ludivine

portraits agriculteurs SIA 2020

Emma : Je m’appelle Emma, j’ai des vaches Tarines, des Abondances et quelques Hérens en Beaufort. Nous vendons notre lait à une coopérative pour fabriquer du fromage. Toute ma famille est dans l’agriculture. Pour ma part, après un bac pro, je me suis installée avec ma mère et ma sœur pour prendre la relève.

Ludivine : Je m’appelle Ludivine, j’ai 24 ans et je suis jeune éleveur en Hérens. L’élevage a toujours été une passion pour moi. J’ai attendu d’avoir ma première paie pour acheter ma première vache. Je suis dans le métier depuis maintenant 5 ans. Mes parents ne sont pas issus du milieu agricole, mais c’est un milieu qui m’a toujours passionnée. J’ai évolué auprès des chevaux à haut-niveau. J’ai toujours aimé les vaches. Aujourd’hui, j’ai délaissé les chevaux pour mes Hérens.
Pour moi, l’agriculture va mal. Si personne ne réagit, nous allons couler. C’est triste d’en arriver là. Les jeunes n’ont plus envie de se lancer dans l’agriculture. Je me suis installée récemment, j’ai quelques vaches et je ne gagne pas ma vie. Mon métier est une passion, mais je n’en tire aucun revenu. Il faut réagir. Les gens doivent prendre conscience que sans agriculteurs, on ne mange pas. Nos élevages respectent les normes sanitaires françaises et garantissent la qualité des produits. La viande importée de l’étranger ne peut pas prétendre à la même qualité. C’est honteux de se fournir dans d’autres pays alors qu’en France, nous avons tout pour produire et nourrir la population. Si nous continuons ainsi, les petits agriculteurs vont tous mourir. Il faut que tout le monde en prenne conscience sinon, l’agriculture de demain n’existera pas.

Emma : notre agriculture est de moins en moins valorisée. Les consommateurs veulent manger végan et bio, mais ils mangent des aliments produits à l’étranger, dans des pays sans aucune norme sanitaire. Même chose pour la viande : certaines viandes bio proviennent de fermes de 1 000 vaches qui n’ont jamais vu le soleil. Ce n’est pas de la bonne viande ! Elles sont nourries pour grossir, elles ne sont pas nourries pour leur bien-être.
Si nous continuons ainsi, le métier d’agriculteur n’a pas d’avenir. Nous venons sur les salons, nous présentons nos vaches mais personne ne semble s’inquiéter de notre situation. Personne ne réagit, personne ne voit que nous souffrons. Les gens voient les animaux, ils sont enchantés, mais n’ont pas conscience de la réalité du monde agricole. Ce qui se passe ici n’a rien à voir avec notre quotidien.

Ludivine : même les médias semblent avoir pris parti. Ils font l’apologie des steaks sans viande. C’est une honte pour nos métiers. On nous accuse de maltraiter nos animaux alors que notre quotidien consiste à assurer leur bien-être.

Emma : Alors que ces mêmes steaks de soja sont bourrés de pesticides. Nos bêtes sont élevées dans de petites fermes. Elles sont bien nourries, nous prenons soin d’elles. Nous sommes auprès de nos bêtes matin, midi et soir et parfois-même toute la nuit lors du vêlage. Nous sommes payés une misère. Si nous faisons le calcul, nous ne sommes même pas payés 5€ de l’heure. Pourtant, c’est nous qui nourrissons le pays. Nous aimons notre métier et nous voulons le faire évoluer, mais personne ne va dans notre sens. C’est dur d’être agriculteur aujourd’hui. À cette allure-là, il n’y aura plus d’agriculteurs, les gens ne sauront même plus ce qu’ils consommeront mais se rassureront en se disant que c’est bio. Je n’arrive pas être optimiste quant à l’évolution de mon métier. On ne fait que rabâcher les histoires de maltraitance animale en montrant les abattoirs, mais notre quotidien ce n’est pas ça. J’aime ce que je fais, vraiment. Lorsque je vais voir mon troupeau, je les appelle, elles arrivent toutes vers moi. Elles sont contentes ! J’ai une petite soixantaine de vaches, toutes bien traitées et bien grasses. Si je fais ce métier, c’est parce que j’aime mes bêtes.

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