AccueilBlogActualitésDes pailles végétales pour lutter contre le plastique à usage unique

Des pailles végétales pour lutter contre le plastique à usage unique

Dans les catégories Actualités, Une journée avec...
-
Le 03 février 2021
La paille végétale, révolution anti-plastique à usage unique En savoir plus
pailles végétales

Le 03 février, c’est la journée internationale sans pailles en plastique. Pour l’occasion, nous avons rencontré Cassandra et Mike, deux jeunes agriculteurs qui ont chacun lancé leur marque de pailles à boire en paille. Leurs alternatives, naturelles, végétales et biodégradables permettent de remplacer les pailles en plastique à usage unique qui polluent tant. À travers leurs projets, ils racontent aussi un monde agricole en évolution.  


Des pailles végétales pour dire adieu au plastique à usage unique 


Mike Sallard, 28 ans, a créé la paille Vestige, une paille bio à base de seigle qu’il fabrique à l’aide d’une vieille machine des année 40 remise au goût du jour. 

Cassandra Bourmault, 26 ans, est sur le point de lancer la Végépaille, une paille naturelle qui sera produite à grande échelle. 

Pour granvillage, chacun raconte son parcours, l’idée derrière le projet, les particularités de l’objet et nous partage sa vision de l’agriculture d’aujourd’hui et de demain.  



Mike et la paille Vestige, une solution 100% bio et naturelle 


« Je m’appelle Mike Sallard, j’ai 28 ans et j’habite dans l’Orne, en Normandie. Je suis installé en tant qu’agriculteur en bio depuis maintenant 5 ans. J’élève des bovins bio de race salers pour la viande et je cultive des céréales bio : différentes variétés de blés anciens, orge de brasserie, triticale, pois, avoine, luzerne pour l’alimentation animale… Je travaille avec une coopérative locale qui récupère mes céréales et les transforme en farine. Je cultive également du seigle que je transforme en paille à boire. J’ai récupéré la ferme de mon père qui avait lui-même pris la suite de mon grand-père.  

mike sallard fabricant pailles végétales

La reprise de l’exploitation familiale n’a pas forcément été une évidence pour moi. Je suis d’abord parti à la fac, en géographie-environnement. Mais en voyant ce qu’il se passait d’un point de vue sociétal et environnemental, j’ai eu envie de retourner à mes racines. Ça me permet aussi de pérenniser une activité qui était dans la famille depuis plusieurs générations et bien-sûr de conserver un patrimoine familial magnifique. 

L’exploitation est en bio depuis maintenant 25 ans. Lorsque mon père s’est installé à la fin des années 80, il s’est mis à la bio. À l’époque, il faisait partie des précurseurs dans ce domaine. C’est lui parmi d’autres qui a contribué à la création et au développement du marché bio en France. Ça a commencé à monter petit à petit, mais il n’y avait pas autant de normes et de certifications que maintenant. Avec les autres agriculteurs, ils voulaient montrer que l’on pouvait cultiver ou élever des animaux sans intrants chimiques, sans produits phytosanitaires. Dans l’après-guerre, il fallait produire au maximum. Alors, on utilisait beaucoup de produits chimiques pour accroître les rendements. Peu à peu, les gens ont compris que c’était un développement nocif, que ça polluait l’eau, que des maladies apparaissaient. Ils se sont alors sentis concernés par la question.  

Aujourd’hui, le marché bio est très développé et c’est pratiquement devenu la norme. Le cahier des charges de la bio continue d’évoluer chaque année avec la Politique Agricole Commune qui cherche à valoriser le côté écoresponsable des fermes. Par exemple, si dans l’exploitation il y a des ruches ou si l’on entretient des prairies, alors on touche un peu plus d’aides. Au niveau de l’élevage, on recommande de laisser au maximum les animaux à l’extérieur.  

Je suis assez touché par tout ça. Je cherche à acquérir un maximum d’autonomie dans mon exploitation. Je cultive moi-même l’alimentation de mes animaux et je produis de l’énergie solaire au sein de l’exploitation. Lorsque je n’ai plus assez de foin, je privilégie le côté local et je m’adresse à mes voisins.  

J’ai lancé la production de pailles à boire en 2018 dans l’idée de diversifier mon activité agricole et de lutter contre l’utilisation de pailles en plastique à usage unique qui polluent tant. Alors j’ai fait des essais sur toutes les variétés de céréales que je semais pour voir ce qui pouvait être transformé en une belle paille en paille. C’est vers le seigle que je me suis finalement tourné. C’est une céréale qui a une grande tige assez résistante. Je la sème en octobre et je la récolte au mois d’août. Je fais d’abord passer une moissonneuse batteuse moderne en hauteur pour récupérer mon grain. Après, je reviens avec l’ancêtre de la moissonneuse-batteuse, une moissonneuse-lieuse des années 30 ou 40 que j’ai réussi à récupérer auprès d’un collectionneur. C’est une démarche qui s’inscrit dans le low-tech, puisque la machine ne consomme que très peu d’énergie. Aujourd’hui ces machines n’existent plus, elles ne sont plus fabriquées. Je remets au goût du jour une technique qui a complètement disparu : avec ma moissonneuse du siècle dernier, je peux récupérer les tiges sans les casser contrairement aux machines modernes qui les broient. 

mike seigle pailles végétales

Cette tige est ensuite travaillée pour la transformer en paille. Je travaille avec l’ESS, l’Économie Sociale et Solidaire. J’ai monté plusieurs ateliers dans des ESAT (Établissement et Service d’Aide par le Travail), des entreprises adaptées pour les adultes handicapés. Ils transforment la matière première que je leur apporte en pailles à boire que je revends sur le marché en circuit court, aux magasins de producteurs et épiceries bio. Avant l’épidémie, je collaborais également avec des bars, des restaurants ou des hôtels. Je vends aussi directement aux particuliers sur mon site. 

Les pailles sont jetables ou réutilisables et biodégradables. Elles viennent de la terre et retournent à la terre. Après utilisation, on peut les passer au lave-vaisselle ou les laver à l’eau bouillante. Elles peuvent également être réutilisées en compost dans le potager. Cette activité crée quand même des déchets car il y a forcément du tri à faire lors de la fabrication. Pour l’instant, je récupère ces biodéchets pour les utiliser comme litière pour mes animaux ou je les composte pour les épandre dans mes cultures. 

Ces pailles permettent de semer une petite graine dans la tête des gens, de les amener à repenser leur consommation. Il y a une vraie demande pour le local, les circuits courts, les produits du terroir, l’artisanat. Je crois que les gens en ont marre de ne pas savoir ce qu’ils consomment, ne pas savoir d’où ça vient. Aujourd’hui, ils ont besoin de comprendre, de savoir. Pour la viande, les légumes et de nombreux autres produits, ils veulent pouvoir échanger directement avec le producteur, sans avoir à passer par des intermédiaires.  

C’est une belle alternative au plastique à usage unique. J’avais à cœur de fabriquer un produit à partir de ce qui pousse dans les champs que je cultive et de revaloriser une matière naturelle qui ne l’était pas forcément avant ou du moins, pas assez. C’était important pour moi de faire au plus local.  

paille vestige

Je commence à travailler avec des petits producteurs, des petits agriculteurs bio, qui ont envie de diversifier leur activité, d’avoir une rémunération supplémentaire. Ils sèment du seigle, me le coupent au gabarit et je leur rachète. C’est intéressant de voir que mon projet donne envie aux autres, qu’il peut leur permettre de valoriser le produit, de voir l’impact que peut avoir un produit si simple. »  

.

.



Cassandra et la Végépaille, une alternative écologique au plastique à usage unique 


« Je m’appelle Cassandra Bourmault, j’ai 26 ans et je suis agricultrice depuis 2017. Chez moi, ça se transmet de génération en génération puisque je suis fille d’agriculteurs, mes grands-parents étaient agriculteurs, et mes arrière-grands-parents l’étaient également. 

cassandra végépaille pailles

Après un bac agriculture et un bac commerce, j’ai créé mon exploitation à côté de celle de mes parents et nous travaillons ensemble pour nous entraider.  

L’agriculture a toujours été une évidence pour moi. Je n’ai connu que le monde agricole, même si j’ai côtoyé le monde du commerce par le biais de mon apprentissage. Déjà enfant, j’aidais mes parents. C’est comme ça que j’ai appris à prendre soin d’un animal, à cultiver une plante. C’est auprès de ma terre et de mes animaux que je me sens le mieux. Je ne le quitterais pour rien au monde.  

Aujourd’hui, nous avons une multitude productions. Nous sommes en polyculture-élevage, nous cultivons du maïs semence, du seigle, du colza, du blé, de l’orge, du maïs grain et du mais ensilage. Nous cultivons aussi des carottes Bonduelle. Nous faisons aussi de l’élevage avec des volailles de Loué en chair et en pondeuses et des bovins allaitants avec des naisseurs et des engraisseurs.  

Nous pratiquons une agriculture raisonnée, nous pondeuses sont en plein air et nos bovins sont en extérieur durant toute la belle saison. Nous nous tournons de plus en plus vers des alternatives naturelles. 

C’est d’ailleurs dans cette démarche que s’inscrit notre projet qui permettra de fabriquer des pailles à boire 100% végétales à partir d’un brin de seigle. Elles seront fabriquées avec une machine que nous sommes en train de créer. Les plans sont faits et les premiers prototypes devraient arriver entre mai et juin de cette année pour une production qui commencera à l’été.  

Notre idée, c’est de pouvoir proposer une paille qui réponde aux demandes du consommateur : qu’elle résiste à la boisson chaude ou froide, que sa fabrication respecte l’environnement, qu’elle soit biodégradable, locale et naturelle.  

Le concept nous a été proposé par un grossiste parisien qui voulait des brins de seigle entier pour les confier à un transformateur qui en ferait des pailles. Seulement, il n’y avait aucun transformateur en France ou même à l’étranger. Alors, on a commencé à se renseigner sur le potentiel du marché, sur les prix, sur les machines nécessaires… Nous avons contacté des entreprises spécialisées dans les machines innovantes. Nous en avons trouvé une, lui avons confié notre projet et avons réfléchi aux machines qui pourraient le réaliser.  

C’était important pour nous de diversifier notre activité. L’avantage du seigle, c’est qu’il peut être une réponse pour de nombreux agriculteurs. En effet, cette culture est très résistante aux maladies, à la chaleur, elle demande très peu d’eau, voire pas du tout certaines années, et elle pousse dans tout type de terre, même les terres les plus pauvres.  

D’ici quelques années, lorsque nous serons rodés, nous avons l’objectif de proposer à d’autres agriculteurs de cultiver la matière première en suivant une charte qui détaillera ce que l’on attend d’eux.  

La diversification et l’innovation sont importantes dans l’agriculture. On nous demande de produire plus pour pas cher tout en respectant des normes toujours plus nombreuses. Pourtant, on ne nous autorise pas à augmenter nos prix. Il nous faut donc trouver des solutions. Car ce que nous produisons aujourd’hui nous permet de vivre. Et si nous voulons continuer à vivre de notre métier, les évolutions sont indispensables.  

Heureusement, nous sommes assez bien accompagnés lorsque nous souhaitons appliquer nos innovations et ces initiatives sont encouragées.  

Nous pouvons bénéficier de conseils, d’un accompagnement personnalisé, de différentes aides. Pour ma part, j’ai été soutenue dans mon projet par le département, j’ai pu participer au concours national dédié à l’agriculture et l’innovation Végépolys, à des appels à projets subventionnés lancés par la BPI…  

J’ai d’autres projets en tête, mais je veux d’abord bien lancer celui-ci. Je n’ai que 26 ans, j’ai encore pas mal de temps devant moi ! » 


Vous connaissez les pailles végétales ? Vous êtes déjà utilisateur.trice ? Vous en fabriquez ? Dites-le-nous en commentaire ou sur Facebook & Instagram.

Photos transmises par Mike Sallard & Cassandra Bourmault 

4 commentaires sur “Des pailles végétales pour lutter contre le plastique à usage unique

  1. Les inventeurs de la paille en paille c’est la gars de la Perche en Normandie !
    Bravo à tous ces agriculteurs qui leur emboîtent le pas, c’et formidable

  2. Balbina Huertas

    j’ai 60 ans cet été et lorsque j’étais petite nous nous fabriquions avec mes frères et soeurs des pailles telles que celles là pour boire, faire des bulles de savon.
    Super que les enfants d’aujourd’hui les découvrent!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *En laissant un commentaire vous acceptez de laisser votre nom/ pseudo pour affichage sur le site et votre adresse mail pour pouvoir vous contacter à propos de votre commentaire uniquement si besoin. Nous partageons les données à Akismet pour la protection contre le spam des commentaires. Découvrez comment sont traitées les données de vos commentaires.