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granvillage en reportage – Yvette Déléage et ses autruches

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Le 03 novembre 2021
granvillage en reportage au Mont des autruches En savoir plus
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Pour #granvillageEnReportage, nous sommes allés à la rencontre d’Yvette et ses autruches. Elle nous a parlé de son quotidien auprès de ses oiseaux majestueux. Elle nous a raconté comment on quitte une passion pour en vivre une autre. Elle nous a partagé ses difficultés, ses remèdes pour les surmonter et ses projets pour continuer à vivre de ce qui la fait vibrer. Vous apprendrez ici que faire l’autruche, ce n’est pas mettre la tête dans le sable, mais au contraire, danser comme si personne ne regardait !

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Le mont des autruches, Yvette et sa nouvelle vie

yvette et ses autruches


Après 30 ans de coiffure, Yvette Déléage a rangé les ciseaux pour enfiler le costume d’éleveuse d’autruches. Après avoir visité un élevage quelques années auparavant, l’ancienne coiffeuse s’est éprise de ces grands oiseaux. L’idée a grandi dans sa tête avant de briser la coquille et déployer ses ailes. Et puis, le cap est franchi :

« Après 30 ans de coiffure, j’avais l’impression d’avoir fait le tour. J’ai beaucoup aimé ce métier, mais j’avais envie de nouveauté. Un jour, je suis allée visiter un élevage d’autruches. J’ai ressenti un coup de foudre pour ces animaux. En rentrant, j’en ai tout de suite parlé à mon mari. Au début, il n’en a pas tenu compte. Mais je sentais que l’idée germait dans ma tête. Alors, quand mes enfants ont été en âge de se débrouiller par eux-mêmes, j’ai pris mon courage à deux mains et me suis lancée ! ».


Yvette nous raconte le chemin parcouru pour faire naître et grandir une passion. Elle nous fait part des doutes qui l’ont assaillie, des obstacles qui se sont présentés, de la force qu’elle a dû puiser en elle pour atteindre ses objectifs et réaliser son nouveau rêve.

« Ce n’est pas évident de vivre d’un élevage d’autruches. Je crois qu’il faut vraiment être passionné pour se lancer. Heureusement, à deux, c’est plus simple et mon mari est à mes côtés pour m’aider au quotidien. On a appris le métier ensemble. De mon côté, pour me former, j’ai suivi une formation à l’école de l’oisellerie en Charente. Je suis également allée à la rencontre d’autres éleveurs pour apprendre de ceux qui pratiquent depuis des années. Mais là où on se forme le plus, c’est sur place. C’est comme en voiture finalement ! Quand on apprend sur le tas, on essaie, on échoue et on recommence. On se remet en question et on avance ! »

autruches

Au fil du temps, Yvette a appris à connaître ses chères autruches. Elle a pris le coup de main pour les aider à sortir de leur coquille, elle a compris ce qui les rendait anxieuses ou comment les protéger.

« Une autruche, c’est un animal sauvage. Ça ne s’apprivoise pas comme on peut le faire avec un chien ou un chat. Si je fais un mouvement brusque, même si elles ont l’habitude de ma présence, ça va partir dans tous les sens. Elles sont très craintives et le moindre changement peut créer un véritable mouvement de panique dans l’enclos.
J’ai eu mes premières autruches en 2014, mais je n’ai commercialisé la viande qu’à partir de 2016. Jusqu’alors, j’avais encore le salon de coiffure et ne pouvais pas gérer les deux activités simultanément. Aujourd’hui, j’ai en moyenne 70 autruches. On a commencé avec trois autruches, Sidonie, Aglaé et Polux. Ça en fait du chemin parcouru depuis ! Je me souviens de l’émotion ressentie les premières fois. Les premières naissances ont vraiment été particulières.  Aujourd’hui encore, j’aime beaucoup les regarder danser lors des périodes de reproduction. C’est un véritable spectacle.
Et c’est loin d’être terminé : une autruche vit en moyenne 40 ans en captivité. Alors, pour plaisanter, on dit à nos enfants qu’ils en hériteront ».

L’éleveuse se voue à ses autruches : naissances, soins, reproduction… elle est à leur côté à chaque étape.

« Quand les autruchons naissent, ils peuvent avoir du mal à sortir de leur coquille et nous devons alors les aider. Pour ceux qui n’ont pas la force de casser leur coquille, nous la brisons à l’aide d’un petit marteau. Une fois sortis, nous les laissons sans manger durant trois à quatre jours, le temps que le sac vitellin, qui les nourrit dans l’œuf, se résorbe. Après, nous pouvons leur donner à manger . Il faut veiller à ce qu’ils mangent aussi des cailloux et des fientes d’autruches adultes  pour faire leur flore intestinale et renforcer leur système immunitaire. De temps en temps, nous devons aussi les masser pour les aider à digérer. Il faut vraiment les choyer quand ils sont petits. Ils sont si fragiles ! Dans la nature, s’ils ne percent pas leur coquille, ils ne survivent pas. La nature fait le tri et ne garde que les plus costauds.
Un autruchon en bonne santé va grandir d’un centimètre par jour. Mais ses pattes restent fragiles, alors nous devons faire attention.  Jusqu’à six mois je les rentre tous les soirs pour les protéger.
Les autruches sont principalement herbivores. Elles mangent de l’herbe, des céréales, et quelques fois des insectes. Elles ingèrent aussi des cailloux qui vont leur permettre de broyer les aliments.
Dans les troupeaux, il y a souvent un dominant et une dominante.
Les autruches vont faire un œuf tous les deux jours pendant 15 jours. Elles s’arrêtent ensuite 15 jours avant de reprendre sur le même rythme. Quand elles ont trop chaud, elles arrêtent. Quand il fait trop froid, aussi. Elles sont un peu flemmardes.
Quant aux naissances, elles vont principalement se dérouler à la fin du printemps.
On ne peut pas savoir si un œuf a été fécondé. Tant qu’elles ne les font pas régulièrement, il y a peu de chances. Alors, on les vend. Une fois la ponte plus régulière, on place les œufs dans un incubateur à 36°. Celui-ci va les retourner toutes les deux heures pour que le jaune reste bien au centre et que l’autruchon se développe bien. Au bout de 15 jours, on se met dans le noir et on pose une lampe sur la coquille pour le mirer. Si on aperçoit une masse noire, ça veut dire qu’un autruchon se forme. On va alors laisser l’œuf dans l’incubateur durant 39 à 42 jours. S’il n’y a pas de masse noire, cela signifie que l’œuf n’avait pas été fécondé. Mais comme il a été placé dans l’incubateur, il n’est plus propre à la consommation. Alors, je le vide, le fais cuire pour le donner à mes chiens et me sers de la coquille pour en faire des décorations. »

autruchon

Si elle est attachée à ses autruches Yvette n’oublie pas pour autant la finalité de son activité et son rôle d’éleveuse.

« Je ne les connais pas toutes. Je ne cherche pas à les différencier, car je sais que certaines se destinent à l’abattoir. Pour celles-ci, elles partiront vers 14 mois et nous en abattons à peu près 40 par an. Cela suffit à faire vivre l’élevage et perpétuer l’activité.
Mon but, c’est de valoriser au maximum les autruches. Alors, nous proposons de la viande, évidemment, mais aussi des œufs, des charcuteries, des savons, des plumeaux, de la maroquinerie… Certains viennent même récupérer les os pour les travailler.
Oui, l’abattoir n’est pas la meilleure facette du métier. Mais ça en fait partie. Alors quand une autruche est abattue, je veux qu’elle soit valorisée au maximum. »

élevage autruches

Yvette est attachée à son métier, à ses autruches et à ce qu’elles offrent. C’est ce qui l’a poussée à s’orienter vers la vente directe. Elle voulait être au plus près de ses consommateurs :

« On commence enfin à se faire connaître. Les consommateurs achètent une première fois de la viande d’autruche, car ils sont intrigués ; puis ils reviennent, car ils ont aimé. Certaines fois, on n’en a même plus pour nous !
C’est une viande assez surprenante. C’est de la volaille qui est rouge et qui va se cuire comme du bœuf. Elle est riche en protéines, pauvre en cholestérol et moitié moins grasse qu’un poulet. Contrairement au gibier, elle a un goût assez doux. Et pour ne rien lui enlever, elle contient du phosphore et du potassium.
On vend notre viande à un public composé majoritairement de particuliers. Les tarifs sont assez élevés. En effet, une autruche pèse une centaine de kilos, mais on ne pourra récupérer que 30% de viande.  Pour fournir les restaurateurs régulièrement, il faudrait que j’aie un élevage bien plus grand. Je préfère avoir un petit élevage pour pouvoir passer un maximum de temps avec mes autruches. C’est ce qui me rend heureuse. »

Avant de quitter Yvette et ses autruches, on en a profité pour lui poser une question qui nous turlupinait depuis le début : est-ce vrai que les autruches enfouissent leur tête dans le sable ?

« C’est un mythe ! Dans la nature, elles pondent leurs œufs dans le sable. Et pour que le jaune reste bien au milieu et que l’autruchon se développe sans difficulté, elles tournent les œufs. Mais elles n’y plongent pas la tête ! »

élevage d'autruches

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Photos : Thomas Spault.

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