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Granvillage en reportage chez Laurence & Florent – Les aventures d’une brasserie locale

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Le 20 mars 2021
Découvrez le portrait de Laurence et Florent, à la tête de la brasserie Terre de Bières En savoir plus
brasserie locale

« Je plie, et ne romps pas. ». Ces vers de La Fontaine pourraient être la devise de Terre de Bières. Malgré les crises et les difficultés, l’entreprise s’est toujours relevée. Plus forte et plus déterminée. Découvrez l’histoire de Terre de Bières, racontée par Florence.

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Vie et destin d’une brasserie locale


Ils s’appellent Florent et Laurence. On peut s’emmêler les pinceaux, pourtant, à la brasserie, ils ont chacun un rôle bien défini. Florent s’occupe de la production de bière et Laurence gère tous les aspects administratifs, la comptabilité, la communication et le commercial. D’ailleurs, c’est elle qui nous fait faire le tour du propriétaire pour nous raconter l’histoire de Terre de Bières.
Ils ne sont pas seuls à faire tourner cette micro-brasserie caladoise. Avec eux, il y a aussi Christelle, commerciale ; Antonin, à la production et Adrien, préparateur de commandes.

Laurence, elle s’est lancée dans l’aventure par amour :

« J’ai épousé un brasseur. C’est comme ça que je suis tombée dedans. J’ai toujours été attiré par la bière. Comme tout le monde, j’en buvais quand j’étais jeune. Mais j’ai vraiment appris à aimer la bière grâce à mon mari. Avant de le connaître, je buvais de la bière industrielle.

Puis j’ai été séduite par ce produit à la fois simple et complexe : il y a du malt, du houblon, des levures et de l’eau. Mais sa fabrication demande du temps, un certain savoir-faire et de l’implication. Nous avons un système en isobarométrie : nous filtrons nos bières pour enlever les levures. En 2008 nous étions rares à utiliser cette technique de fabrication. »

Quant à Florent, il a débuté dans une fabrique de bières, la Brasserie des Marais à Villefranche-sur-Saône, après des études agroalimentaires. Il a poursuivi son parcours dans d’autres brasseries jusqu’à ce que l’idée d’avoir sa propre brasserie fleurisse. En 2008, le pas est franchi.

C’est avec une pointe de nostalgie que Laurence nous raconte la naissance de leur entreprise :

« Quand nous avons commencé en 2008, nous étions vraiment petits. À l’époque, nous fournissions le festival 24h de l’INSA. En 24 heures, nous passions 9 000 litres de bières. Aujourd’hui nous faisons 1 000 hectolitres à l’année ! »

Chez eux, une attention toute particulière est accordée au choix du produit :

« Nous prenons toutes nos matières premières en France sauf une seule sorte de houblon qu’on va chercher aux États-Unis pour faire notre IPA. 

Nous faisons des bières, des limonades et l’eau de vie de bière. C’est une bière spéciale qui a été fabriquée, distillée et vieillie en fut de chêne durant 3 ans. Nous avons aussi fabriqué notre whisky, mais il n’est pas encore sorti. Il vieillit depuis deux ans, il faut donc lui laisser encore un peu de temps ! »

bière locale

La brasserie beaujolaise n’a de cesse de se réinventer. En plus de leurs bières traditionnelles, on peut déguster de la bière blanche brassée avec de l’écorce d’orange ; de la rousse aux malts caramélisés ; de l’ambrée ; de la brune brassée avec des malts chocolats et cafés ; de l’IPA conçue par Antonin qui a eu carte blanche pour la fabriquer durant ses études ; des bières de saison ; la caladoise (la préférée de Laurence) une blonde créée en 2013 et des bières plus… surprenantes :

« Nous avons fait une bière durant le confinement : nous nous sommes associés avec la boulangerie Victor et compagnie pour créer une bière avec des pains toastés et grillés. Ils sont à fond sur le recyclage, l’économie circulaire, la qualité des produits. Ils sont passionnés par ce qu’ils font et ça nous a donné envie de créer quelque chose avec eux ! »


« Ces cuves, c’était le bout du tunnel »


Alors que les succès s’enchaînaient, que les médailles aux concours s’accumulaient, Laurence et Florent se sont retrouvés face à un obstacle qu’il n’aurait jamais imaginé avoir à surmonter :

« Le 7 février 2017 une partie de notre bâtiment s’est écroulé. Nous étions tous les deux présents ce jour-là. Florent produisait et moi j’étais au bureau. Nous avions prévu d’agrandir, nous visitions des locaux, nous cherchions à commander du nouveau matériel et à embaucher. Puis ce mur s’effondre et le bâtiment est mis sous scellés par la commune car il représente un danger. En une fraction de seconde, tout s’est arrêté. Nous avons lancé des appels à l’aide. Les banques nous ont laissés tomber, mais heureusement, des brasseries nous ont permis de maintenir notre activité. Grâce au Ninkasi, à la brasserie Mont-Blanc, à la brasserie Rouget de l’Isle, nous avons pu continuer une partie de notre production. Nous avons brassé chez eux pendant 18 mois, puis nous nous sommes relevés. Il nous a fallu tout recommencer, trouver un local, des machines… on s’est battu et six mois plus tard, on a enfin obtenu nos prêts et une subvention de l’Europe pour relancer notre activité. On n’a rien lâché, on est allé jusqu’au bout et on a réussi à rouvrir en mars 2018 ».

micro-brasserie

Comme beaucoup de producteurs, c’est une autre fatalité qui vient les frapper deux ans plus tard. Alors que la covid sévit, les événements sont annulés les uns après les autres.

« Au plus fort de l’épidémie, nous pouvions toujours produire, mais nous ne pouvions plus assurer les festivals, l’évènementiel, les bars, les restaurants… Cela nous a fait perdre pas mal de chiffre d’affaires. Heureusement, nous avons pu bénéficier du chômage partiel. Sans ça, l’entreprise n’aurait peut-être pas survécu.

Florent était tout seul à la brasserie pendant trois mois. Il faut savoir que la bière, ça ne s’arrête pas comme ça. Nous ne pouvions pas stopper une partie de la production en cours.

Nous sommes donc passés de deux ou trois brassins par semaine à un tous les quinze jours. Ce fut très sportif. Heureusement, nous avons pu continuer à vendre nos bières dans les épiceries et beaucoup de clients particuliers sont venus à nous. L’été, nous avons même senti un regain pour les produits locaux. Cela nous a permis de compenser notre perte de chiffre d’affaires. Nous espérons que ça continuera avec le temps. »

De ces crises successives, ils en sont ressortis plus forts, plus confiants, plus optimistes. Désormais, ils savent qu’il en faudra bien plus pour fermer ces cuves qu’ils aiment tant. Ces bières qu’ils aiment fabriquer, d’autres aiment les déguster. Et pas des moindres :

« Nous travaillons beaucoup la gastronomie du coin. Nos bières ont été choisies pour figurer à la carte de quelques restaurants étoilés : Georges Blanc, Guy Lassausaie, Christian Constant, Jean-François Piège… Ce sont eux qui nous ont trouvés. Ils ont goûté nos bières, les ont aimées et les ont choisies. C’est la plus belle des récompenses. »

Terre de bières

Et malgré les succès, l’équipe garde les pieds sur terre :

« Nous pourrions devenir beaucoup plus gros, mais nous ne voulons pas faire plus. Nous souhaitons garder le contact avec le client, avec la matière, continuer à faire de la qualité. Le problème, c’est qu’à partir du moment où l’on doit faire la même bière pour des millions de personnes, on est obligé de standardiser. C’est pour cela que les industriels proposent des produits parfois bons, mais souvent sans personnalité.

Nous tenons à notre étiquette « local ». Avant les gens ne connaissaient pas la bière. Aujourd’hui, il y a une volonté de revenir aux produits du terroir. Les consommateurs veulent avoir le choix. Il y a une recherche de produits locaux, de typicité, d’ingrédients naturels, il y a de la curiosité. C’est dans l’air du temps. D’ailleurs, à nos débuts, la région Auvergne-Rhône-Alpes ne comptait que 21 micro-brasseries. Aujourd’hui, nous sommes 300 ».

Avant de quitter Laurence et l’équipe de Terre de Bières pour aller à la rencontre d’autres producteurs locaux, nous lui demandons de nous partager son plus beau souvenir :

« L’arrivée des cuves lorsque nous avons débuté l’aventure. Nous nous sommes assis par terre pour regarder nos cuves. Nous venions de passer un an sans avoir d’endroit à nous. Leur arrivée, c’était le bout du tunnel. Nous avions dépensé tellement d’énergie à essayer de rester debout qu’il fallait qu’on s’assoie une fois les cuves reçues. »

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Photos : Thomas Spault.

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