Dans les vignes avec Isabelle Guichard, vigneronne en biodynamie

 

 

Les vignes, le vin et la biodynamie

 

 

  • Bonjour Isabelle, pouvez-vous vous présenter, nous raconter votre parcours ?

Ma première rencontre avec la vigne a eu lieu il y a presque 30 ans. 

Perplexe, j’ai mis un certain temps à la comprendre. Exubérante à l’excès parfois, renfermée sur elle aussi, elle ne cesse de m’étonner et me surprendre encore aujourd’hui. 

D’une agriculture conventionnelle, je suis passée à l’agriculture biologique et depuis 10 ans maintenant je travaille également en agriculture bio dynamique, agriculture qui a ré-enchanté mon quotidien. 

3 grands enfants, mariée. 

Parcours classique : citadine pure et dure qui pose ses valises dans un endroit perdu mais splendide du Haut-Vaucluse au cœur du massif d’Uchaux, Prépa HEC, école de commerce, DTA (Diplôme Technologique Approfondi) à l’université du vin de Suze la Rousse, master en histoire médiévale à l’université d’Avignon. 

Petites mains pendant 30 ans dans le domaine viticole de mon époux, en octobre 2015, je me suis affranchie pour devenir pleinement exploitante agricole sur quelques hectares de vignes à Uchaux et Mondragon. 

Grâce à un financement participatif, j’ai pu planter 1,2 hectares de grenache, Syrah, Mourvèdre, Coudoies, Cinsault et Vaccarèse

La première vinification, mes premières vendanges auront lieu en septembre. 

J’ai également planté un hectare d’oliviers que je cultive également en agriculture biologique et Biodynamie. Dans quelques années, ils produiront une huile d’olive au fruité vert, ardente je l’espère. 

  • Quel est le quotidien d'une vigneronne ? Et d'une vigneronne en biodynamie ?

Le quotidien d’une vigneronne est avant tout soumis à des rythmes. Rythmes dans le temps bien-sûr : nous ne pouvons faire fi des alternances, des cycles végétatifs et des saisons et rythmes dans l’espace aussi : la monoculture a montré ses limites. Il est temps pour le paysan de s’affranchir d’une monoculture bien trop fragilisante économiquement parlant. 

Mon domaine agricole s’articule autour de la vigne bien entendu, des oliviers, de quelques truffiers, de jachères, de garrigue, et bientôt de plantes aromatiques et d’amandiers

 

Il y a quatre saisons pour les vignes : 

 

Automne

C’est le temps des vendanges, où l’on récolte le fruit de nombreuses heures de travail. 

La vinification débute, il convient d’être très attentif au cours des dégustations de moûts car la vinification en biodynamie ne permet aucun intrant, il faut donc être très vigilant. 

Pendant que les vins entament leur élevage à la cave, à l’abri du bruit et de la lumière, il est temps de passer une dernière silice de corne dans les vignes et les oliviers. 

On songe à l’amendement en épandant un compost bio dynamique à la fin de l’automne, puis en appliquant une préparation bio dynamique assez extraordinaire : le compost de bouse de Maria Thun. 

Ce sera bientôt aussi le temps de la cueillette des olives, au mois de novembre. Ramassées en jour-fruit (culture selon les cycles lunaires), les olives sont ensuite apportées au moulin habilité à triturer les olives en agriculture biologique. Quelques jours après, je vais au moulin récupérer mon huile. Quelques semaines plus tard, elle aura fini de décanter et pourra être mise en bouteille. 

 

Hiver

En février, a souvent lieu le temps de l’assemblage des différentes cuves de vins à la cave. Moment particulièrement intéressant de dégustation qui permet de réaliser différents vins si l’on peut. 

La végétation reprend déjà ses droits. Il est temps d’entamer la taille. Elle aura lieu au cours de la fin du mois de mars. 

Débutent aussi les premières pulvérisations biodynamiques de bouse de corne, qui s’adresse au sol et va permettre au système racinaire de se verticaliser le plus possible au lieu de rester en lisière de sous-sol : essentiel pour une vigneronne qui souhaite avant tout exprimer le terroir dans son vin, obtenir un peu de minéralité. 

 

Printemps

Nos travaux des jours continuent, classiques à tous les vignerons : attacher la vigne, l’ébourgeonner pour ne laisser que les arpents utiles, bêcher son sol, enlever le maudit chiendent. 

Tisanes d’achillée, d’ortie et de camomille viennent en renfort dans ma pharmacopée. J’ajoute toujours une tisane à un traitement qu’il soit biodynamique ou biologique.  

 

Été

Le travail à accomplir est normalement plus serein : il faut veiller à ce que les attaques cryptogamiques ne sévissent pas, généralement nous faisons des applications de cuivre en quantité infinitésimales. Quand l’agriculture conventionnelle permet ce que l’on veut, l’agriculture biologique suppose de ne pas dépasser 4kg de cuivre par hectare et par an, la biodynamie 3 seulement et nous sommes en deçà de ces normes. 

Depuis plusieurs années, l’été devient caniculaire en Provence. Nous adaptons donc notre emploi du temps et ne parvenons à travailler que le matin. 

Nombreux sont les vignerons inquiets quant à l’avenir de la vigne aujourd’hui. 

Un épisode sans précédent vient d’avoir lieu en Provence et en Languedoc. Des températures indécentes où la barre des 40° était allègrement franchie ont gravement malmené les vignes et les cultures. Nous allons encore devoir repenser nos pratiques culturales, il faudra planter des cépages plus rustiques, plus résistants à la sécheresse. 

 

 

  • Pouvez-vous nous expliquer ce qu'est la biodynamie ? 

C’est une alternative à une agriculture classique et conventionnelle. Théorisée au printemps 1924 par Rudolf Steiner, elle veut une ferme où le vivant règne, où l’indépendance est de mise. Le domaine agricole s’attache à s’affranchir le plus possible d’intrants extérieurs. C’est une agriculture vertueuse, où l’on travaille en respectant les rythmes de la nature, où l’observation de la plante est essentielle. Devant un parterre d’agriculteurs inquiets de la baisse de qualité et de rendements de leurs cultures, Steiner a posé des pistes, des jalons, des perspectives. Ses élèves ont expérimenté ensuite ses propositions et depuis près d’un siècle, cette agriculture a démontré magistralement ses bienfaits. Le sol revit et la qualité des aliments qui en sont issus est nettement plus améliorée. 

 

Pour plus d’infos lire cet excellent ouvrage paru il y a peu : Précis à l’usage de ceux qui pensent que Demeter n’est qu’une déesse grecque, Éditions de l’épure, Paris, 2017 (écrit par Isabelle Guichard en personne !)

 

vignes biodynamie

  • Qu'est-ce qui vous a poussée vers la biodynamie ?

Au fil des dégustations, je me suis aperçue que les vins que j’aimais étaient toujours issus de domaines en biodynamie. Je travaillais déjà en agriculture biologique, mais elle n’avait rien changé à mon environnement, à mes vins. 

Par ailleurs, mon plus proche voisin avait débuté la biodynamie dans ses vignes quelques années auparavant. Alors que nous avions un terroir assez similaire, des vins assez familiers, j’ai vite senti une différence. Ses sols étaient devenus plus meubles, le port des vignes était plus franc, les vins surtout ont très vite changé. Ils ont acquis une belle minéralité, une certaine tension,. 

Aussi en 2010, j’ai débuté la biodynamie sur mon précédent domaine viticole. Jacques Mell, merveilleux conseiller en biodynamie a guidé mes premiers pas. 

La biodynamie est très simple à mettre en place sur un domaine. Elle est peu couteuse, il s’agit juste d’adapter son emploi du temps car il y a des moments favorables pour la culture de la vigne, d’autres non. Je travaille avec un calendrier astral, calendrier des semis publié par le MABD (Mouvement de l’Agriculture Bio Dynamique, dont le siège est à Colmar). Je réalise avec un groupe de paysans en biodynamie l’essentiel de mes préparations. 

 

  • Pouvez-vous nous parler de votre vin ?

Il serait difficile de parler de mon vin puisque je vais vinifier le premier dans quelques semaines si la canicule veut bien cesser et si quelques pluies abondantes veulent bien se pencher sur le berceau de mes vignes. 

Les vignes sont donc très jeunes, j’ai coupé sans trembler de nombreux raisins qui poussaient au printemps afin de ne laisser que peu de grappes sur chaque cep

S’il sort un jour des chais, ce sera une très belle histoire, portée par la générosité de nombreux parrains qui se sont enthousiasmé pour mon petit vignoble. Des amis, la famille, bien-sûr mais aussi de parfaits inconnus, des amoureux de la vigne et du vin, des journalistes, un restaurant réputé…. Alors que le parcours pour s’installer était semé d’embûches, trouver une banque, convaincre chambre d’agriculture et MSA (mutualité sociale agricole) de la vertu de mon projet, ces mécènes ont permis à un petit vignoble de naître. 

Ce sera un vin solaire certainement car le millésime 2019 promet d’être ainsi, mais je le souhaite tempéré. Je l’aimerais frais, léger, fruité. Il ne sera pas nécessaire de travailler la matière à l’excès car je ne souhaite pas extraire trop, mais au contraire l’exprimer.

 

  • Quel rapport entretenez-vous avec le terroir ?

Un lien viscéral, passionné. 

Le terroir sur lequel les vignes de Mourguettes veulent bien s’épanouir est un très beau terroir du massif d’Uchaux. Ce sont des grès à ciment calcaire du Crétacé supérieur, terroir assez unique dans la vallée du Rhône

Les vignes sont entourées de forêts de chênes verts, Kermès, arbousiers, pins, apportant un cadre assez sauvage et préservé pour un temps encore. Cette terre absolument unique, difficile à travailler certes, et parfois implacable, n’a de cesse de me ravir chaque matin. 

 

  • Quels conseils pour consommer du vin tout en respectant l'environnement ?

Boire au moins des vins issus de l’agriculture biologique et bien entendu privilégier des vins biodynamiques. 

Boire peu, mais boire de bons vins, où le travail du vigneron est respecté et pas bradé à des prix indécents. 

Privilégier l’achat chez les cavistes qui connaissent généralement très bien leur sélection. 

vignes biodynamie

  • Quel est votre plus beau souvenir professionnel ?

De belles cuvées réalisées parfois dans des conditions difficiles comme en 2013 par exemple où le temps exécrable avait vendangé la majorité de nos parcelles de vins. Nous aurions dû faire plusieurs vins rouges, nous n’en avons fait qu’un. Mais ce fut un vin merveilleux et la cuvée s’appela l’Unique. 

La rencontre d’une immense vigneronne, Lalou Bize Leroy, est également un beau moment. Tout comme les rencontres avec de nombreux vignerons en biodynamie, toujours aussi passionnantes.

 

 

Maintenant que vous en savez un peu plus sur le vin biodynamique et ses secrets de fabrication, vous n’avez plus qu’à goûter pour vous en faire une idée !

 

 

Isabelle Guichard

Petites Mains de Mourguettes 
Vignoble en Biodynamie 

isabelle@mourguettes.fr
06 74 79 11 61 

Auteure de Recettes de vendangeurs, Éditions du Rouergue, Arles, 2012 & Précis à l’usage de ceux qui pensent que Demeter n’est qu’une déesse grecque, Éditions de l’épure, Paris, 2017 

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